mardi 11 août 2026

Patrimoine de Tunisie - Nos ancêtres les… Loubiques.

 

Fig.1 - Peinture d’un Loubique visible sur les murs de la tombe du fils du pharaon égyptien Séthi 1er. L’élégance du personnage indique qu’il s’agit d’une haute personnalité Loubique en étroite liaison amicale avec les pharaons au point d’avoir l’honneur de figurer dans une pyramide funeste des pharaons d’Egypte – Réf. ARTmedina-tounes.

Parmi les rares monnaies relatives à la révolte Loubique contre les Puniques de Carthage du 3è siècle avant JC (238-241), celle qui attire le plus l’attention est bien cette rare monnaie Loubique indiquant nettement le nom de la Cité Lybian en exergue du revers.

Fig.2 - Révolte Loubique contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan »(en lettres grecques) en dessous du lion rugissant contre l'occupant Punique - Réf.Web*.

Jamais le lion rugissant avec sa crinière en hérisson n’a immortalisé son mécontentement de façon si terrible.

Une impressionnante monnaie. Celle du lion Loubique rugissant contre l’occupant Punique.

Fig.3 - Révolte Loubique contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon indiquant le portrait d’un chef Loubique sur sa face et le lion rugissant contre l’ennemi sur son revers.

Une monnaie exceptionnelle, d’importance historique, identitaire.

Car elle atteste de l’existence de la Cité Etat Loubique par la signature du mot « Lybian » en exergue du revers.

La face indiquerait un chef Loubique à l’exemple des monnaies du chef Libyco-numide Syfax.

Pourtant, l’ensemble des experts de la rive nord de la méditerranée l’ont toujours attribué à une divinité Punique, celle de Melkart de Phénicie. Une aberration, car la Cité Etat Libyque, comme attestée par l’indication du nom Libyan sur l’exergue, ne va pas indiquer sur son propre monnayage le portrait d’un dieu de l’ennemi.

Ces monnaies « Libyans » sont très rares*.

Les « experts du nord » ont préféré attribuer leur émission à…des mercenaires révoltés contre Carthage pour leurs salaires.

Ils n’ont pas fait l’effort de s’orienter vers l’existence d’une Cité Etat Libyque émettrice de monnaies au même titre que Carthage, Athènes ou Rome.

La plupart des experts s’alignent encore aujourd’hui sur les mêmes « rapports » et écrits de l’antiquité classant les peuples Loubiques comme des sauvages incapables de se constituer en Etat et d’émettre des monnaies.

Mais en ce début du 21ème siècle, les études archéologiques et les nouvelles découvertes semblent inverser ces attributions. L’une d’elles se prononce bel et bien pour l’existence d’un Etat Libyque saharien.

C’est David Mattingly de l’Université de Leicester qui fait un bond significatif pour la reconnaissance d’un Etat Libyque Saharien de l’antiquité, celui des Garamantes, composante des peuples Libyques (Gétules, Numides…), dont les vestiges archéologiques sont encore visibles auprès du Fezzan tripolitain en Libye actuelle. Les avancées de David Mattingly contredisent ainsi les affirmations des historiens qui considéraient les tribus Loubiques sub-sahariennes de l’antiquité incapables de se gérer en un Etat capable d’émettre des monnaies.

Son article de 2001, paru dans la revue « Antiquités africaines » (volume 37), énumère les preuves archéologiques, pourtant disponibles depuis longtemps, pour se prononcer bel et bien sur l’existence d’un Etat Loubique « Saharien ».

Un Etat qui côtoyait les Pharaons et qui recevait de l’argent des taxes de la part des Puniques en contre partie des comptoirs de commerce installés tout le long de la côte du nord de l’Afrique depuis un millénaire avant J.C.

Avec l’Egypte des Pharaons, les LoubIques vivaient parfois en parfaite symphonie amicale à l’exemple du pharaon Séthi 1er et son fils dont la tombe royale montre sur ses murs au moins trois peintures de personnages élégants de Loubiques…très loin de l’image de « Barbare » façonnée par Hérodote le Grec au 5è siècle avant J.C.

Pour l’histoire, il y a lieu de rappeler que les relations amicales entre les Loubiques et Carthage la punique se sont détériorées à partir du 4ème siècle quand le petit punique à ses débuts en Afrique du nord, devenu assez grand, a refusé de payer son dû locatif aux Loubiques pour ses divers comptoirs de commerce installés le long du littoral d’Afrique du nord.

Pour cela, des guerres ont eu lieu entre Puniques et Loubiques dont la plus infâme, celle de 241 à 238 avant J.C, a été abondamment relayée par les historiens et même les romanciers comme Gustave Flaubert.

L’historique rapportée de cette guerre est un amalgame entre la révolte des mercenaires non payés par Carthage et celle de la Cité-Etat Libyque qui, en fait, a profité du déclenchement des hostilités entre mercenaires et puniques pour ouvrir un deuxième front contre le colonisateur Carthaginois en vue de libérer son territoire nord-africain.

Une révolte des Loubiques contre Carthage pour libérer leur terre alors que les mercenaires de l’armée de Carthage se révoltaient pour leur salaire.

L’histoire reconnait tout de même que les Loubiques ont failli remporter la victoire contre Carthage, si ce n’est la traitrise de l’un des leurs, le chef Navaras, qui s’est aligné contre son peuple au profit de Carthage… pour les beaux yeux de la belle princesse carthaginoise Sonophibe et…pour la grande joie du romancier Gustave Flaubert.

*Une monnaie en billon (argent de bas titre) très rare rapportée notamment par la collection Bouchereau. Un libraire français passionné d’antiquités et de monnaies qui, au début du 20ème siècle à Alger, a pu confectionner, sans s’en rendre compte, la plus importante collection de monnaies antiques d’Afrique du nord. Une collection heureusement rapportée grâce au catalogue de la vente aux enchères du 19/20 juin 2014 de la maison Drouot à Paris en France.

Monhel

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