dimanche 30 avril 2023

Mahmoud Ben Ayed: Escroc ou victime ?

 Ou, Khayria Bint Mahmoud Ben Ayed, premier discours féministe du monde arabo-musulman

Référence : paragraphe « 03.01.02 - Mahmoud Ben Ayed: Escroc ou victime ? », tiré du  cahier artistique ARTmedina-tounes n°03 : « Système monétaire de la régence de Tunis 1574-1891 », Monhel, 2020, Amazon.

«… 03.01.02 - Mahmoud Ben Ayed: Escroc ou victime ?

Figure 120 - Le Caïd et Général Mahmoud Ben Ayed en tenue de commandant de cavalerie - Né à Tunis en 1805 et décédé à İstanbul en 1880 – «Ministre du commerce» en 1837 dès l’intronisation de son ami Ahmed 1er Bey (1837- 1855) - «Fondateur –Directeur» en 1847 de la banque Al Amal, première banque dans le monde arabo-ottoman – Fondateur de la vallée industrielle d’El Battan El Medjerda - Le seul Caid nommé en même temps à la tête de deux Caïdats stratégiques sur le plan économique, celles de Djerba et de Bizerte – Portrait réalisé par le peintre orientaliste Eugène Delacroix - Réf. ARTmedina-tounes.

Il a été taxé d’escroc, par l’histoire actuelle.

Et s’il en était la victime ? Les deux à la fois ?

Un bâtisseur et un richard qu’on voulait abattre à tous prix, avec son mentor Ahmed 1er Bey (1837- 1855), pour des raisons de jalousie, de pouvoir et de modernité.

Plutôt, un génie. Un dignitaire du Makhzen, les services administratifs territoriaux de la régence beylicale. Un homme d’affaires cultivé, de grande famille historique. Fils de l’armateur et corsaire Mohamed Ben Ayed.

C’est sur ce reflet relevant de la fiction du complot, en contradiction avec l’Histoire « officielle », que le présent cahier s’attarde si peu.

En ne s’arrêtant pas sur le fait incriminé de l’escroquerie, plusieurs indices* militent pour un complot dépassant la propre personne de Mahmoud Ben Ayed (1805-1880). *Voir au paragraphe 03.01.03

Un complot pour écarter Ahmed 1er Bey (1837- 1855), dit le Bey Sarde, le tolérant, ouvert aux religions, au Christianisme et au Judaïsme. Un Bey cultivé, le plus grand réformateur politico-économique qu’a enfanté la régence de Tunis.

Un complot dont Mahmoud Ben Ayed, le bras droit et l’homme de confiance d’Ahmed 1er Bey, a su dévier juste à temps pour sauver sa propre tête en se réfugiant en France en 1852. L’Histoire le qualifie toujours d’escroc fuyard. S’il a pu sauver sa tête, il n’a pas pu malheureusement sauver celle de son mentor le Bey lui-même «décédé» en 1855, de mort naturelle diront la plupart. Ni celle de son bras droit technique, l’ingénieur Charles Benoit assassiné juste avant en 1854.

Avec son sens des affaires, axé sur le développement économique de la régence, une nuance à souligner, Mahmoud Ben Ayed a amassé une grande fortune, de façon légale puisqu’il pratiquait le Fermage (sous-traitance – Voir en Partie 03.04) des entreprises de l’Etat, une option politico-économique légale. En faisant surement profiter son ami le Bey des richesses récoltées.

Caïd et Général, incriminé d’escroc et sous la menace de mort, aucun homme intelligent n’aurait déguerpi à l’étranger, le temps d’organiser sa défense, sans prendre les mesures nécessaires pour assurer sa vie et celle de sa famille. En transférant son argent et en se naturalisant par décret français du 23 septembre 1852. Sa défense devant les tribunaux de Tunis et de France a nécessité beaucoup de temps et d’argent. Elle a donné lieu, entres-autres, à un arrêté favorable de Napoléon 3, mais culpabilisé en longueur dans la régence de Tunis.

En fait, le tort incriminé à Mahmoud Ben Ayed a été sa modernité.

Celle-là même qu’il partageait avec Ahmed 1er Bey (1837- 1855) pour assurer le développement économique de la régence de Tunis au diapason de la révolution industrielle en Europe,  avec l’appui de la France de Louis Philippe 1er et de son fils le Duc de Montpensier.

Culpabilisé non seulement de la part des conservateurs et des cheikhs, mais également de la part de son propre père, entré en conflit avec lui à cause de la création de la banque Al Amal et surtout, à cause de son partenariat avec le juif tunisien, le Caïd Nassim Schemama, qui, selon Jean Ganiage (18), le trahira en 1852 pour le pousser à l’exil et prendre sa place.

En quittant sa Tunisie pour la France, sa vision moderniste l’a bien suivie et il l’a entretenue au sein de sa seconde famille. Une famille qui s’est distinguée au début du 20ème siècle par la conférence de sa fille Khayria présentée à Vienne en langue Allemande et intitulée: «la femme et la question de l’émancipation sociale dans le monde musulman au début du XXème siècle». Une première pour le monde musulman et arabe. Une longue conférence sur le thème du féminisme (conférence traduite en arabe en 116 pages - ISBN 9789973084187) précédant d’une trentaine d’années l’évènement féministe du 20ème siècle en  Tunisie provoqué par l’écrit de Tahar Hadad sur l’émancipation de la femme. Khayria Bint Mahmoud Ben Ayed enfantera une autre grande féministe Nazli qui répercutera la tradition moderniste de la famille entre Orient et Maghreb.

N’ayant pas eu gain de cause suite à ses plaintes contre Nassim Schemama et ses neveux, appuyés par les Beys successifs Mohamed 2 (1855- 1859) et Mohamed 3 Sadok (1859- 1882), qui lui ont extorqués ses biens, et sentant venir les bouleversements de la colonisation française, Mahmoud Ben Ayed ne se sentait plus en sécurité en France et a préféré s’exiler à İstanbul où il mourût en 1880 entouré de ses enfants, dont ses deux fils qui épousèrent des princesses égyptiennes de la dynastie de son ami et modèle le grand réformateur Mohamed Ali.

On ne peut quitter Mahmoud Ben Ayed sans parler de sa grandeur de vivre, que ce soit dans son pays natal ou celui d’accueil où il s’appropria l’hôtel Collot sur le quai Anatole France à Paris, le château de Bouges dans l’Indres ou encore la galerie Mandar (actuelle Galerie Kugel) situé au 25 Quai d’Orsay, célèbre par le récit de Victor Hugo dans « Choses vues » qui rapporte les évènements dramatiques qui y ont lieu en 1832 suite à l’enterrement du Général Lamarque et les émeutes réprimées dans le sang.

Fig. 121 - Château de Bouges dans l'Indres acquis en 1856 par Mahmoud Ben Ayed, l'une de ses résidences en France après son départ définitif de Tunisie en 1852– Réf. ARTmedina-tounes –

De belles résidences qui lui ont permis d’inviter et de côtoyer les plus nobles d’Europe et du monde oriental, guidé toujours par cet esprit des affaires et de création de richesses. Il ne sera ni le premier, ni le dernier tunisien à fuir son pays natal pour des raisons de…réussite, de jalousie et de rancunes.

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Monhel

ARTmedina-tounes

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jeudi 20 avril 2023

Bijoux berbères de Tunisie – De l’habit de la Melia des nomades aux Keswas des sédentaires

 Le présent article est tiré du chapitre Généralités – point 6 du cahier artistique n°04 : « Bijoux berbères en argent de Tunisie, Monhel, 2023, 244 pages, Amazon »*.  Publié également sur :https://heliouiahmedmuseum.blogspot.com/

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Evolution des bijoux de la Melia des nomades en bijoux des Keswas des sédentaires

Comme susmentionné, la 1ère classe des bijoux en argent des berbères nomades se distingue par des œuvres en argent massif, le métal mystique et bienveillant des berbères. Parfois, avec simple apport de coquillages, de pierres en verre coloré et autres perles et coraux.

La deuxième classe de bijoux berbères fait suite notamment à l’évolution du statut social des berbères redevenus sédentaires, à l’évolution des techniques et à des contraintes socio-économiques et géopolitiques. Elle se distingue par des bijoux assez légers tout en reprenant les modèles antérieurs avec adjonction de design innovant, de sertissage de pierres semi-précieuses et de dorure, en rupture avec les traditions ancestrales et les tabous.

Fig.G06 -  Bijoux berbères en argent de 2ème génération.

Photo de gauche: Pendentif de forme rectangulaire conçu à base de feuille et fil d’argent mince, doré et émaillé, avec multitudes d’anneaux de connexion pour pendeloques et chainettes.

Photo de droite: Berbère sédentaire habillée en Keswa régionale, de conception et couleurs différentes de celles de l’habit de la Melia de la berbère nomade. Les bijoux de la Keswa ont nettement évolué par rapport à ceux de la Melia: La parure de poitrine (Chapitre 06) est désormais constituée de 2 fibules rondes reliées par un ensemble de pierres semi-précieuses et de coraux rouges, avec un élément central de forme rectangulaire en argent doré et émaillé. Bracelets de main en argent sertis de pierres totalement différents de la sobre Hadida en argent. Collier du cou en perles. Parure de tempe en tissu ornementé d’éléments rectangulaires en argent dorés et émaillés.

Réf. ARTmedina-tounes. Annexe sur le copyright et les œuvres tombées dans le domaine public. 

La 2ème génération des bijoux berbères est imprégnée des techniques en usage dans les villes où la conception des bijoux est fortement influencée par les civilisations colonisatrices de la Tunisie dont celle byzantine avec ses modèles de ronds, carrés et rectangulaires ; dorés, émaillés et striés.

Les circonstances géopolitiques du 17ème siècle, notamment l’expulsion en masse des mauresques et juifs d’Espagne, ont aussi contribué énormément à l’essor de la classe 2 des bijoux berbères en particulier et au développement de l’économie de la régence de Tunis en général. Tout en impulsant la croissance dans tous les domaines, de l’industrie à l’agriculture, jusqu’aux arts de la bijouterie et de l’argenterie. Des expulsés juifs généreusement accueillis par des Deys et Beys visionnaires, Othman Dey (1594-1610) et son successeur Youssef Dey (1610-1647), en les répartissant judicieusement à travers la régence, ce qui a permis la création de nouvelles cités florissantes à l’exemple de Testour au nord et de Soliman au Cap Bon.

Les habits de Keswas régionales

Liés au départ à l’habit de la Melia, les bijoux berbères en argent connaitront des évolutions régionales significatives avec l’évolution de l’habit de la Melia (jusque-là indémodable et fédératrice) en divers habits de Keswas régionales, plutôt séparatistes.

En évoluant, les premières Keswas régionales de la femme berbère sédentarisée ont gardé la conception de base de la Melia nouée avec des fibules Khlel avant de s’en débarrasser définitivement. L’évolution s’est fait ressentir surtout au niveau du choix des tissus, des couleurs et du design de bijoux dorénavant dorés, émaillés et sertis de pierres semi précieuses. A partir du 20ème siècle, la conception des Keswas régionales ne faisait plus appel à la fibule (Khlel), élément essentiel de la Melia ancestrale. Mais si la conception de l’habit a nettement évolué, celle des modèles antérieurs de bijoux berbères sont restés la plateforme de base pour l’évolution et l’innovation.


Fig.G07 - Bijoux en argent d’origine berbère de Tunisie de 2ème génération.

Photo de gauche : Pendentif en forme de poisson conçu à base de feuille et fil minces en argent ; doré et serti de pierre en verre coloré (Musée Helioui Ahmed de l’argenterie et des arts)**.

Photo de droite: Keswa régionale de Mahdia brodée avec du fil d’argent doré (ou en or pour les plus fortunés) en nette évolution et innovation au 21ème siècle. Toutefois, les bijoux et accessoires, comme le pendentif en forme de poisson ou la parure de tempe en Sultani et Mahboub (Monnaies beylicales d’origine ottomane), gardent toujours le lien avec les modèles de bijoux antérieurs – Réf. ARTmedina-tounes. Anonyme. 

Les Keswas et leurs bijoux de la classe 2 sont aujourd’hui sauvegardés par de nombreuses «Familles tunisiennes», à saluer. Synonyme de fierté identitaire des régions et des villes, les Keswas et leurs bijoux sont fièrement apprêtés par ces familles, encore généreuses, à l’occasion des cérémonies de mariage et autres évènements festifs.

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Monhel

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*https://www.amazon.fr/Bijoux-berb%C3%A8res-en-argent-Tunisie/dp/B0BSWY5XH1/ref=sr_1_4?qid=1682040910&refinements=p_27%3AMoncef+Helioui&s=books&sr=1-4

**https://heliouiahmedmuseum.blogspot.com/

vendredi 7 avril 2023

Système monétaire beylical de Tunis (1574-1891) – Partie 1 : Unités de compte en argent de la Kharouba et du Ryal en passant par la Piastre espagnole et le Nasri Hafside (Aspre).

 Mise à jour en date du 17.04.2023

NB: Pour tenir sa promesse, cet article a été transmis par l'auteur à l'honorable site "Numismatique.com" pour publication en premier

(Grandeur réelle: diamètre de 14mm)

Figure 01 - Kharouba en argent (1/16 Ryal) frappée à Tunis en 1163 de l’Hégire (1749 JC) sous Ali 1 Bey (1735-1756) et le sultan Mahmoud 1 (1730-1754) – Poids de 1.3 g et diamètre de 14 mm - Réf. Anonyme.

Face = Indications en arabe en deux lignes: «Sultan, Fleur tulipe / Mahmoud, Fleur tulipe»; globule au centre, grènetis à points, cercle.

Revers = Indications en arabe en 3 lignes: «Dhuriba (frappé), 1163 de l’Hégire correspondant à 1749 JC / Fi (à) / Tunis», tulipe, globule au centre, grènetis à points, cercle.

Observation: Il existe une autre variété de la Kharouba dont la date est en bas sur le revers.

En créant la Kharouba en argent de valeur 1/16 Ryal (1/16 Piastre) et son demi, de valeur 1/32 Ryal (1/32 Piastre), ainsi que la monnaie de 1/8 Ryal (1/8 Piastre), Ali 1 Bey (1735-1756) a continué le processus d’élaboration du système monétaire en argent du Ryal (encore à l’état virtuel), entamé par son prédécesseur Hussein 1er Bey (1705-1735), le fondateur de la dynastie Husseinite en 1705. Auparavant, et depuis la conquête ottomane de Tunis en 1574, ce sont les Pachas, les Deys et les Beys Mouradites qui ont gouverné jusqu’à 1705, période durant laquelle le système monétaire en argent s’est distingué par la Piastre espagnole comme unité de compte principale et le Nasri Hafside (Aspre) comme unité de compte secondaire.

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Le poids moyen de la Kharouba à sa création était d’environ 1.4 g et son diamètre avoisinant 14 mm.  Quant au titre en argent, il était aux alentours de 440 g pour mille (Billon), en baisse par rapport à la période d’Hussein 1er Bey (1705-1735) dont les monnaies en argent, le ¼ Ryal (1/4 Piastre) et le Nasri (Aspre) (1/52 Piastre), titraient aux environs de 650 g pour mille (1).

L’alignement de la régence de Tunis, province ottomane, ne l’oublions pas, sur le système monétaire ottoman du Kurus élaboré plutôt sous le sultan ottoman Soliman 2 (1687-1691), a été initié à Tunis en 1716 JC, non pas par l’émission du Ryal, conçu équivalent au Kurus ottoman et à la Piastre espagnole de poids moyen de 24 à 28 g, mais par l’émission du ¼ Ryal (Rubû Ryal) de poids moyen de 6 à 7g.

L’iconographie adoptée pour le ¼ Ryal est celle du ¼ Kurus reproduisant sur sa face la fameuse citation ottomane « Sultan Al Barrayne Wa Khagane Al Bahrayne » traduite en « Sultan des deux terres et Khagane des deux mers ».

(Grandeur réelle: diamètre = 24 mm)

Figure 02 – Rubù Ryal (1/4 Ryal) en argent, frappée à Tunis en 1142 de l’Hégire (1728 JC) sous le sultan Ahmed 3 Ibn Mohamed (1703- 1730 JC) et Hussein 1er Bey (1705-1735 JC) – Poids de 6.1 g et diamètre de 24 mm – Anonyme.

Face = Indications en arabe en 4 lignes: « /Sultan / Al Barayne Wa Khagane / Al Bahrayne Al Sultan / Ahmed [le reste du nom du sultan est indiqué sur le revers: Ibn Mohamed] ; 1142 de l’Hégire /» [Traduction =  « /Sultan / des deux terres et Khagan / des deux mers, le Sultan / Ahmed; (1728 JC) /»]; globule au centre, cercle grènetis sous forme d’un petit trait répétitif (et non d’un globule).

Revers = Indications en arabe en 4 lignes: « /Ibn Mohamed / Khan Izza Nasrou / Dhuriba Fi / Tounes / » [Traduction = « / Fils de Mohamed / Khan, honneur à sa victoire / Frappé à / Tunis»/»]; globule au centre, cercle grènetis sous forme d’un petit trait répétitif.

La date est indiquée en bas de la face de la monnaie en chiffres arabes   :  correspondant à 1142 de l’Hégire, équivalente à 1728 JC. Il est à noter que le chiffre 4 en arabe est souvent frappé sur les monnaies avec sa ligne du bas prolongée vers la gauche , et parfois en continuant vers le haut .

Le Ryal tunisien, conçu équivalent à la Piastre et au Kurus, a été émis longtemps après ses subdivisions (1/32, 1/16 :Kharouba, 1/8, ¼, 1/2).

Il ne sera émis que sous Ali 2 Bey (1759-1782) et demeurera à l’état virtuel durant une cinquantaine d’années depuis la création du système monétaire du Ryal en 1716 par Hussein 1er Bey (1705-1735).

En plus, le terme Kurus (Kirch) adopté par la réforme ottomane en Turquie, n’a pas été adopté par la régence de Tunis comme c’est le cas pour la plupart des provinces ottomanes. Le terme Ryal lui a été préféré. L’ambiguïté qui en est résulté est la confusion du Ryal tunisien, équivalent à la Piastre de 8 Reaux, avec le Real espagnol, de valeur égale à 1/8 Piastre (1/8 Ryal). C’est pour cette raison que pour le distinguer, on lui a aussi attribué également la dénomination de Ryal Sebili.

En interdisant la Piastre espagnole en 1714 avant d’entamer sa réforme monétaire du Ryal par l’émission en 1716 du Rubû Ryal (1/4 Ryal), le malin Hussein 1er Ben Ali (1705-1735) s’est servi de la matière en argent de la Piastre pour en fabriquer des Nasris (Aspre) en argent, sa principale monnaie marchande d’un poids d’environ 1g et de titre moindre de 650 pour mille.

La belle affaire monétaire d’Hussein 1er Bey (1705-1735) est que la fusion d’une Piastre espagnole de 28 g en argent titrée 900 g d’argent pour mille, permettait d’émettre une quarantaine de monnaies de Nasris (Aspre) de poids moyen de 1g ou 5 monnaies de ¼ Ryal de poids moyen de 7g titrant 650 pour mille.

Pour rappel, les monnaies composant le système monétaire espagnol basé sur la Piastre et ses subdivisions sont les suivantes:

Piastre dénommée Real de Occo ou Peso en Amérique (8 Reaux*), 1/2 Piastre (4 Reaux), 1/4 Piastre (2 Reaux), 1/8 Piastre (Real: unité de compte espagnole), 1/16 Piastre (½ Real) et 1/32 Piastre (¼ Real).

*Reaux : pluriel de Real.

Après la défaite des espagnols et leur départ de Tunis en 1574, la Piastre espagnole et ses subdivisions sont demeurés en circulation légale jusqu’à leur mise à l’écart en 1714 JC.

Durant cette période, la Piastre était admise comme l’unité de compte principale du système monétaire beylical malgré qu’elle porte sur son revers la croix chrétienne.


(Grandeur réelle: aux environs de 4X3 cm)

Figure 03 – Piastre espagnole en argent de 8 Réaux de forme particulière d’environ 4X3 cm, caractéristique des frappes en Amérique espagnole du 16ème siècle, poids de 26.6 g -– Réf. ARTmedina-tounes.


(Grandeur réelle: aux environs de 2X2 cm)

Figure 04 - Real en argent (1/8 Piastre espagnole) de forme particulière d’environ 2X2 cm, caractéristique des frappes en Amérique espagnole du 16ème siècle, poids de 4g – Réf. ARTmedina-tounes.

Ce sont les divergences fratricides entre princes Hafsides qui ont permis à Charles Quint d’envahir Tunis la Hafside en 1535 et à l’Espagne d’y rester plus d’une trentaine d’années, avant de s’incliner en 1574devant les troupes ottomanes conduites par Sinan Pacha.

Cela correspondait à l’époque où les minerais argentifères gigantesques découverts en Amérique allaient permettre à la Piastre espagnole d’envahir le monde. La reine des monnaies, plus connue par la dénomination de Peso sur le nouveau continent découvert en 1492 par Christophe Colomb, avait un poids consistant d’environ 30 grammes d’argent et était simplement fabriquée par découpage de plaques d’argent, ce qui explique sa forme irrégulière.

Ce processus de fabrication, qui a perduré jusqu’à la moitié du 17ème siècle avant l’apparition des machines de frappe, a engendré des formes particulières de la Piastre et ses subdivisions qui ont circulé partout dans les provinces espagnoles et ses territoires de conquête.

Tunis la Hafside sous le « protectorat » espagnol de 1535 à 1574 a ainsi « bénéficié » de cette devise universelle qui a continué à circuler légalement à Tunis sous les ottomans jusqu’à sa mise à l’écart en 1714 au profit du Ryal beylical Husseinite.

Durant le 17ème siècle synonyme de la période des Pachas, Deys et Beys Mouradites et à côté de la Piastre espagnole admise comme l’unité de compte principale de la régence de Tunis, c’est le Nasri (Aspre) en argent équivalent à 1/52 Piastre, d’origine Hafside et de forme carrée (parfois rectangulaire) qui s’est imposé comme unité de compte secondaire en argent et ce, jusqu’à la création de la Kharouba (1/16 Ryal équivalent 1/16 Piastre) par Ali 1er Bey (1735-1756) comme ci-dessus mentionné.


(Grandeur réelle: cotes de 14 X 14 mm)

Figure 05 - Nasri en argent (billon) sans indication de la date, du lieu et du gouvernant ce qui rend son attribution assez difficile, voire impossible. - Attribué à la période Hafside du 16ème siècle sur la base de ses cotes de 14X14 mm et ce, selon la méthode formelle d’attribution des Nasris par Monhel* - Les Nasris Hafsides ont été créés depuis le 13ème siècle et n’ont été écartés à Tunis qu’au début du 19ème siècle - Réf. ARTmedina-tounes ; monnaie transformée en pendeloque pour bijoux ethniques de Tunisie.

*Méthode formelle développée en annexe 05 du cahier artistique ARTmedina-tounes n°03 « Système monétaire de la régence de Tunis 1574-1891 », Moncef Helioui, 2020, Amazon.

Sans aucun doute, la Piastre espagnole, le Nasri (Aspre) Hafside, la Kharouba et le Ryal beylicaux sont des monnaies emblématiques du système monétaire de la Régence de Tunis sous la période ottomane de 1574 à 1891.

Ils ont fait partie de la vie quotidienne des tunisiens durant plus de 3 siècles. Elles font partie intégrante du patrimoine culturel numismatique et archéologique de Tunisie.

Un patrimoine numismatique riche, malheureusement délaissé sur le plan de la communication. Que dire alors de la promotion de la numismatique en Tunisie ? Un aspect de la réponse a été développé par l’auteur dans l’annexe 15 de son cahier artistique n°03 (2).

Le dit cahier artistique n°03 s’est investi par ailleurs sur la clarification des dénominations et des valeurs des monnaies beylicales posant encore des problèmes de confusion. En exemple, le Nasri Hafside en argent, dénommé Aspre par les commerçants européens de l’époque, est souvent confondu avec le Nasry en cuivre d’Ahmed 1er Bey (1737-1755) que d’autres nomment Nasiri.

Par ailleurs, on remarque souvent sur les catalogues de numismatique que l’attribution de la valeur monétaire se fait surtout par rapport à la Kharouba, l’unité de compte secondaire et, curieusement, par rapport à la Piastre espagnole comme unité de compte principale (admise au 17ème siècle et écartée en 1714 JC) et non pas par rapport au Ryal, l’unité de compte principale du système monétaire beylical en argent depuis le début du 18ème siècle.

Ceci dénote certainement une preuve d’attachement et d’admiration à cette emblématique monnaie espagnole universelle qui a fait partie légale du système monétaire beylical de Tunis et qui a été tant partagée par les deux mondes de l’époque depuis la découverte espagnole de l’Amérique et ses gigantesques minerais argentifères.

Monhel

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Références :

1 Abdelhamid Fenina, 2003, « Les monnaies de la régence de Tunis sous les Hussaynides, études de numismatique et d’histoire monétaire (1705-1891) », Tunis, 456 pages, 12 planches.

2 Moncef Helioui, 2020, Cahier artistique ARTmedina-tounes n°03 : « Système monétaire de la régence de Tunis (1574-1891) », Amazon, 344 pages, 182 figures.

Articles suivants :

Système monétaire beylical de Tunis (1574-1891) – Partie 2 : Unités de compte en cuivre

Système monétaire beylical de Tunis (1574-1891) – Partie 3 : Unités de compte en or