Affichage des articles dont le libellé est Patrimoine de Tunisie. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Patrimoine de Tunisie. Afficher tous les articles

samedi 25 juillet 2026

Les Beys de Tunisie - Ali 3 Bey, règne de 1882 à 1902.

 

Ali 3 Bey est né le 14 août 1817 au palais de la Marsa et décède en ce lieu le 11 juin 1902. Il est enterré au mausolée de Tourbet El Bey, situé dans la médina de Tunis. Polygame, il engendre 5 fils et 6 filles. Trois de ses fils monteront sur le trône.
A l’âge de 61 ans, Ali 3 Bey succède à son frère Mohamed 3 Sadok Bey le 28 octobre 1882 et règne jusqu’à la date de son décès en 1902 à l’âge de 84 ans.

Il est le 4ème fils d’Hussein 2 Bey dont le règne remonte à une cinquantaine d’années de 1824 à 1835. Ses deux frères ainés Mohamed et Sadok règneront avant lui, de 1855 à 1859 pour le premier et de 1859 à 1882 pour le second. Son 3ème frère (demi) Adel Bey entrera en rébellion en 1867 et en tant que Bey du camp à cette période, il se chargera de massacrer l’ensemble des rebelles et parmi eux son demi-frère Adel Bey qui sera d’abord emprisonné avant de subir la mort.

Ordre du Nichan El Iftikhar d’Ali 3 Bey (Règne de 1882 à 1902)

C’est par Ali 3 Bey que le pouvoir d’Etat dans la régence de Tunis est passé officiellement aux mains des autorités françaises. En effet, par la convention de la Marsa signée le 8 juin 1883, Ali 3 Bey a renoncé à ses pouvoirs d’Etat en ne conservant que son autorité nominale. Toutes les administrations du pays notamment l'armée, la police et les affaires étrangères sont dorénavant sous l’autorité de la puissance coloniale.

Dès son accession au trône et pour la première fois dans l'histoire du pays, un vizir tunisien, Mohammed Aziz Bouattour, est nommé à la place du vizir d’origine mamelouk Mohamed Khaznadar désigné précédemment par son père.

Les vizirs chefs de gouvernement étaient désignés parmi les mamelouks* les plus fidèles et proches du Bey. Tout comme son mentor Ali 3 Bey, le vizir tunisien Mohammed Aziz Bouattour s’est montré encore plus obéissant aux ordres de la France qui l’a maintenu à son poste jusqu’à la date de son décès en 1907.

*Les mamelouks sont des jeunes esclaves étrangers élevés sous la bannière des Beys. Convertis à l’islam, ils ont été éduqués en suivant le parcours militaire et nombreux d’entre eux se sont hissés aux premiers postes de la gouvernance beylicale].

Monhel

ARTmedina-tounes

Copyright 

vendredi 12 juin 2026

Médaille en argent célébrant la prise de Tunis en 1573 par Don Giovanni d’Autriche (1545-1578)

 

Deux prises de Tunis ont eu lieu par les espagnols.

La première en 1935 par Charles Quint. La deuxième en 1573 par Don Giovanni d’Autriche (1545-1578).

Si la première conquête espagnole a duré dans le temps, plus d’un demi-siècle, avec nécessairement ses incidences socio culturelles - manquant à ce jour d’études et d’analyses en profondeur -, la deuxième a été assez brève, interrompue brutalement en 1574 par Sinan Pacha avec cette fois-ci la connexion ottomane de Tunis durant plus de 4 siècles, ayant imprégné aux tunisiens sans aucun doute  un héritage socioculturel très en profondeur.

Giovani d’Autriche ou Don Juan d’Autriche (1545-1578) est un prince de la famille des Habsbourg, fils illégitime de Charles Quint, ayant fait carrière militaire dans les armées de son demi-frère Philippe 2.

Il est le commandant de la flotte européenne à la bataille de Lepante en 1571 infligeant aux ottomans leur première cuisante défaite face aux puissances chrétiennes regroupées en une sainte Ligue.

Monhel

ARTmedina-tounes

Copyright


mardi 2 juin 2026

Patrimoine de Tunisie - La chaine Selsela berbère en argent massif

Elle figure parmi les emblèmes méconnus du patrimoine des bijoux berbères en argent de Tunisie.


Fig.1 – Patrimoine de Tunisie – 1/ Parure de poitrine aux fibules de la Melia en argent massif. 2/ Tableau d’Alexandre Roubtzoff montrant une berbéro bédouine de Tunisie habillée de la Melia nouée par la parure de poitrine aux fibules – Réf. ARTmedina-tounes

La parure de poitrine aux fibules de la Melia berbère a été conçue avec trois chaines essentielles.

Au début, avec la chaine Selsela en argent massif, emblématique, assez lourde, un choix mystique d’origine berbère.

Lorsque le cout de métal argent a commencé à flamber à partir du 18 et 19 èmes siècles, la Selsela s’est vue supplantée par deux autres chaines beaucoup moins légères, à portée plus économique.

La Rihana (fig.3) à anneaux aplatis, la plus connue de tous et des tunisiens, et la chaine Selsela enchevêtrée (fig.4), conçue en s’inspirant des deux anneaux soudés en perpendiculaire de la Selsela originale (fig.2), une magnifique chaine assez légère, aussi méconnue que sa consœur ainée (Réf. Monhel, « Les bijoux berbères en argent de Tunisie », 2023, Amazon)*.


Fig. 2 – Bijoux berbères en argent de Tunisie – Parure de poitrine aux fibules de la Melia Berbère – Elément de base de la chaine Selsela en argent massif conçu en anneaux soudés en perpendiculaire – Réf. ARTmedina-tounes.

L’élément de base de la Selsela en argent massif se distingue par sa conception originale sous forme de deux anneaux soudés en perpendiculaire. 

Fig. 3 – Bijoux berbères en argent de Tunisie – Parure de poitrine aux fibules de la Melia Berbère – Chaine Rihanna à anneaux applatis – Réf. ARTmedina-tounes.


Fig. 4 – Bijoux berbères en argent de Tunisie – Parure de poitrine aux fibules de la Melia Berbère – Chaine Selsela enchevêtrée assez légère conçue en s’inspirant des deux anneaux soudés en perpendiculaire de la Selsela originale – Réf. ARTmedina-tounes.

Dans les souks d’aujourd’hui, on ne trouve presque plus de ces chaines originales berbères emblématiques du patrimoine de Tunisie.

La Rihana made in China circule toujours, toutefois, avec l’apparition timide de Rihana made in Tunisia grâce à la nouvelle vague de jeunes artisans tunisiens qui se distinguent par leurs innovations et…leur parcours universitaire, une originalité tunisienne.

Quant aux Selsela lourdes et légères (fig. 2 et 4), on ne les rencontre presque plus. En déperdition totale. Démodées tout comme l’habit de la Melia depuis le 20è siècle, elles sont passées par le brasier de fonte des bijoutiers des années 1960 pour en faire des bijoux à la mode, comme ils disent.

En publiant en 2003 son cahier artistique n°04 intitulé : « Les bijoux berbères en argent de Tunisie » chez Amazon*, en digital et en papier, Monhel s’est fixé comme objectif de garder la trace indélébile de ce patrimoine magnifique.

Surtout, une référence matérielle des produits originaux pour pouvoir faire la distinction avec les produits innovants qui pullulent dorénavant grâce à cette nouvelle vague d’artisans. Tant mieux. Mais quand ces innovations s’éloignent parfois énormément du produit original, il y a nécessité de le faire savoir pour ne pas nuire au produit original du patrimoine notamment quand il s’agit de normes de qualités, de modèles ou d’utilisations.

Comme exemple concret lié au contexte économique et au faible pouvoir d’achat, on peut citer le poids de ces produits innovants qui n’ont rien à voir avec les produits originaux du patrimoine. Une main de Fatma tellement mince ne représente plus celle de la berbéro bédouine de Tunisie beaucoup plus consistante, majestueuse au toucher.

*https://www.amazon.fr/Bijoux-berb%C3%A8res-en-argent-Tunisie-ebook/dp/B0BT4K622K/ref=sr_1_1?dib=eyJ2IjoiMSJ9


ARTmedina-tounes

Copyright

lundi 15 décembre 2025

Patrimoine de Tunisie – La bêtise de démolition du mausolée de Kara Mustapha Dey

 

Patrimoine de Tunisie – Mausolée de Kara Mustapha Dey, Place du Château, Bab Menara, Médina de Tunis – Détruit en 1960 par le despote éclairé (cette fois-ci non éclairé par rancœur au patrimoine beylical). Réf. ARTmedina-tounes.

L’officier janissaire turc Kara Mustapha a été élu Dey de la province ottomane de Tunis en 1702 par le Diwan, le Conseil militaire des officiers turcs.

Il est déposé la même année par le nouveau Bey Ibrahim Cherif (1702-1705) qui s’accapara du plein pouvoir à Tunis. Son règne brutal sera éphémère puisque renversé en 1705 par Hussein 1er Bey (1705-1735), fondateur de la dynastie Husseinite trois fois centenaire. Kara Mustapha Dey sera rappelé en 1705 par Hussein 1er Bey et exercera jusqu’en 1726.

Le Mausolée de Kara Mustapha Dey (1702, 1705-1726), érigé à la place du Château, Bab Menara à la Médina de Tunis, a été démoli après l’indépendance en 1960 sous l’ère Bourguiba, alors qu’il figurait sur la liste des monuments du patrimoine de Tunisie.

Il figure parmi les derniers mausolées érigés par les Deys de Tunis et témoigne à cette époque de l’importance du pouvoir des Deys au même titre que celui des Beys qui érigeaient également leurs propres mausolées.

Le Dey est le chef des militaires « janissaires » turcs. Il préside un conseil d’une quarantaine d’officiers chargés de maintenir l’ordre dans la province ottomane. Dès les années 1590, le Dey s’est accaparé du pouvoir à Tunis, province ottomane dès 1574, en écartant le Pacha vers un poste honorifique bien que nommé par le Sultan ottoman pour le représenter dans la province.

Dans la province voisine d’Algérie, les deys se sont accaparés pleinement du pouvoir. A Tunis, ce sont les Beys - institution créée par Youssef Dey (1610 - 1637) et chargée de la collecte des impôts -, qui ont accaparé le pouvoir à partir de Mourad Bey (1613-1631) avec la bienveillance de son mentor le grand Youssef Dey (1610-1637) à qui on ne discutait pas les ordres. Mourad Bey, corsaire à l’origine et fondateur de la Dynastie des Beys Mouradites durant le 17ème siècle, se partageait les affaires avec son mentor Youssef Dey tout en développant l’économie de la province à son plus haut niveau. 

Fidèle et bâtisseur comme son mentor Youssef Dey, Mourad Bey s’est vu octroyer le titre de Pacha par le sultan ottoman. Son fils Hamouda Pacha Bey (1631-1666) aura le même privilège de représenter le sultan dans la province de Tunis. Cette double représentation expliquerait en quelques sortes l’acceptation docile du pouvoir des Beys par les Deys sans trop broncher.

Les Beys et les Deys de Tunis ont ainsi gouverné ensemble plutôt en harmonie, parfois en concurrents. Un autre exemple de la particularité de ce petit bout de terre le plus nordique d’Afrique.

A partir du règne d’Hussein 1er Bey (1705-1728), les dissensions entre ces deux institutions au pouvoir, Dey et Bey, ont commencé à s’aplanir au profit du fait établi par l’institution beylicale. Cette dernière, établie en dynastie Husseinite, règnera à Tunis durant plus de trois siècles jusqu’à proclamation de la République en 1957.

Monhel

ARTmedina-tounes

Copyright


samedi 4 octobre 2025

Patrimoine de Tunisie - Le Sefsari


Figure – Patrimoine de Tunisie – Femmes tunisiennes portant le Sefsari (Voile blanc) en laine, coton ou soie (Harir). Le Sefsari à la couleur blanche de la chaux pure est typique de la Tunisie. Il se contraste avec le Hijab de couleur noir d’orient. Un habit remarquable adopté aussi bien par les tunisiennes musulmanes que juives reconnaissables par leur calotte de tête en forme conique pointue. Réf. ARTmedina-tounes.

Durant le 20è siècle, il n’était pas rare de voir dans les rues la femme tunisienne couverte de son Sefsari blanc assez remarquable et distingué.

C’est une étoffe en fil naturel de laine ou coton, soie (Harir) pour les citadines, utilisée à couvrir la tunisienne de la tête au pied une fois passé la Atba (Perron) de la maison. Le Sefsari à la couleur blanche de la chaux pure est typique de la Tunisie. Il se contraste avec le Hijab de couleur noir d’orient. Un habit remarquable adopté aussi bien par les tunisiennes musulmanes que juives, reconnaissables par leur calotte de tête en forme conique pointue.

L’évolution du vestimentaire patrimonial tunisien a évolué durant les siècles et les circonstances géopolitiques. Le phénomène de déculturation européenne, aidé en cela par la propagande coloniale, a contribué au changement de mentalité de quelques familles tunisiennes (oises) citadines des grandes villes notamment Tunis, Sfax ou Sousse qui ont commencé à adopter le vestimentaire colonial européen.

Auparavant et dès la moitié du 19è siècle, Ahmed Bey (1837-1855) ; dit le Bey Sarde en liaison avec l’origine de sa mère Francesca Rosso née en Sardaigne ; a bouleversé le vestimentaire patrimonial tunisien au profit de celui européen en introduisant le pantalon au sein l’armée, sans toutefois réussir à entrainer la masse populaire et ce, jusqu’à l’indépendance du pays. Ce que n’a pas pu réussir Ahmed 1er Bey, Bourguiba, l’instigateur du coup d’Etat constitutionnel de 1957 aidé en cela par le colonisateur, a pu le réussir.

Au sortir de la France de Tunisie et à l’inverse de certains pays d’Orient, Bourguiba submergé par la « modernité occidentale » s’est efforcé à généraliser cette déculturation vestimentaire et autres coutumes patrimoniales ou religieuses, en se cassant le nez cette fois ci devant le refus de ne pas faire le Karem au sein de l’armée.

En peu de temps, les Sefasari, Fouta et Blouza pour les femmes ; les Djebba, Kachabia et Burnous pour les hommes, ont vite rejoint pour une large part le banc de l’histoire. De même pour les bijoux en argent des berbéro bédouines et leur habit de la Melia qui ont laissé place à la mode européenne. Sauf dans certaines contrées éloignées ou délaissées comme l’ethnie berbère qui a pu sauvegarder ses coutumes et langue en s’éloignant du côté des espaces sahariens.

Curieusement, au tournant du 21è siècle, on constate de plus en plus un retour aux coutumes traditionnelles, un phénomène de rébellion contre l’offensive de la mondialisation orchestrée dès la fin du 20è siècle.

Une effervescence sans pareille s’est emparée des jeunes pour innover notamment dans les secteurs vestimentaires en s’inspirant du Patrimoine. Si le costume européen demeure encore dans l’Administration publique, l’Etat accentue tout de même les efforts pour la sauvegarde de l’héritage vestimentaire ancestral de Tunisie tel que la Djebba, Burnous, Fouta…avec ses spécificités écologiques remarquables adaptées aux contextes climatiques et environnementales propres du pays, un atout majeur pour s’ouvrir aux marchés promoteurs.

ARTmedina-tounes

Copyright


mercredi 9 juillet 2025

Patrimoine de Tunisie - Bijoux ethniques en Argent – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec divers pendeloques et monnaies

Mise à jour en date de 2025.07.28 : adjonction des figures A et B relatives à des Khors de même type à plusieurs chainettes dont l'un garde son pendentif à crochet.
Fig.A - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à chainettes avec pendentif à crochet, pendeloques et monnaies – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.
Fig.01 - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à chainettes avec amulette cylindrique, pendeloques et monnaies – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.

Fig.01 - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à 8 chainettes avec pendeloques et monnaies – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.

Le Khors est vraisemblablement une terminologie Berbéro Loubique* pour désigner une boucle à chainettes, un bijou faisant partie d’une vaste panoplie de bijoux pour parer l’habit de la Melia de la berbéro bédouine de Tunisie. Il est utilisé en tant qu’anneau d’oreille suspendu à une chaine au-dessus de la tête (ou accroché à un pendentif à crochet-épingle qui vient s'accrocher directement au tissu de la Melia) et venant se balancer au niveau de l’oreille. De diamètre aux environs de 10 cm, Monhel, dans son cahier artistique n°04 intitulé : « Bijoux berbères de Tunisie » (1), en dénombre plusieurs modèles berbéro-bédouins avec photos et leur consacre tout un chapitre.

*Les Loubiques, ancêtres des berbères, sont les contemporains des pharaons et premiers habitants de l’Afrique du nord. Les tribus Loubiques (des Gamarantes jusqu’aux Numides) se sont confrontés aux Puniques carthaginois, puis aux romains, qu’ils considéraient comme colonisateurs de leur territoire.(Pour désigner les ancêtres des berbères, le terme Loubique est plus approprié que Libyque).

Le Khors en figure 01 est assez original par sa conception et par le nombre impressionnant de chainettes et pendeloques qu’il comporte. Ses diverses pendeloques spécifiques ; rares modèles (œuvres d’art) décrits ci-après ; s’éloignent des pendeloques de mains et ronds caractéristiques des bijoux en argent de la berbéro bédouine de Tunisie. La plupart des monnaies est d’origine espagnole du 17è et 18è siècles. Les chainettes sont de type n°04 (1) classées par Monhel parmi les 4 chaines utilisées pour la conception des bijoux berbéro bédouins de Tunisie.

Avec ces trois indications, pendeloques, monnaies et chainette de type 4**, on peut dire que ce bijou Khors de Tunisie fait partie des bijoux élaborés par l’ethnie tunisienne composée des immigrés juifs ayant fui l’inquisition catholique d’Espagne/Portugal notamment du 17è siècle et qui ont pu s'intégrer à côté des ethnies locales nomades, berbéro -bédouines et sédentaires des villes. chaque ethnie veillant à ses propres traditions religieuses et coutumes ancestrales  dans le respect mutuel. 

**La chainette classée par Monhel de type 4, chaine classique élaborée par l'assemblage de petits anneaux ronds les uns aux autre sans soudage, n'entre pas dans le processus d'élaboration des chaines (types 1, 2 et 3) employées pour la fabrication des bijoux berbéro bédouins de Tunisie (1). Ces dernières chaines sont élaborées avec le principe de soudure de l'ensemble des anneaux les uns aux autres.  

Des immigrés juifs et mauresques accueillis chaleureusement et à bras ouverts par des Deys et Beys clairvoyants*** pour acquérir leur savoir-faire technique qui a contribué au grand essor économique de la régence de Tunis des siècles durant. Le développement des techniques innovantes a touché l’ensemble des secteurs économiques de la régence, de l’agriculture à l’artisanat en passant par le cuir et textile.

*** Othman Dey 1594 – 1610 ; Youssef Dey 1610 – 1637 ; Mourad 1er Bey (1613- 1631) et son fils Hammouda Pacha Bey (1631- 1666).

Fig.02 - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à 8 chainettes de conception originale ne faisant pas appel à la soudure – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.

L’exemple du présent Khors nous révèle une technique de fabrication ne faisant pas appel à la soudure. Une technique qui remonte bien avant l’antiquité, employée notamment par l’Egypte des pharaons, les grecs (Boucles en figure 03) , les romains et autres byzantins. Reprise par les artisans immigrés juifs dès le 17è pour enrichir la panoplie de bijoux en argent de l'habit de la Melia de la berbéro bédouine et des différentes ethnies, musulmanes, juives et chrétiennes, cohabitant en harmonie dans la régence beylicale.

Fig. 03 – Bijoux en or de l’antiquité – Boucles d’oreilles  – Musée d’Athènes – Réf. Web sur X.

La conception du Khors en figure 01 est assez ingénieuse à partir de simples composants : fils ronds de différents diamètres (2 et 0.8 mm), chainettes, boules et divers pendeloques dont des monnaies en argent de l’époque de l’inquisition catholique du 17è et 18è siècles que les immigrés juifs ont vraisemblablement ramené avec eux d’Espagne :

Une monnaie de Léopold d’Autriche frappée en 1629 :

Fig.04 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent de Léopold d’Autriche frappée en 1629 – Réf. ARTmedina-tounes 8AB.

Quatre monnaies en argent d’Espagne frappées sous les Philippes :

Fig.05 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent d’Espagne frappée en …sous Philippe …– Réf. ARTmedina-tounes 9AB.

Fig.06 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent d’Espagne frappée en (..)26 sous Philippe …– Réf. ARTmedina-tounes 12AB.

Fig.07 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent d’Espagne frappée en …sous Philippe …– Réf. ARTmedina-tounes 16AB.

Fig.08 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent (famille des Ryales) d’Espagne frappée en 1721 sous Philippe 5 (1700-1746) – Réf. ARTmedina-tounes 21AB.

Le reste des monnaies sont deux beylicales tunisiennes sous les ottomans et une beylicale sous les français.

La première sous le sultan Mahmoud 1 (1730-1754) (nom lisible) :

Fig.09 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent de la régence de Tunis frappée sous le sultan ottoman Mahmoud 1 (1730-1754) – Réf. ARTmedina-tounes 18A.

La deuxième n’indique pas lisiblement le nom du sultan alors que la date est indiquée par trois chiffres 114…AH. Elle est frappée soit sous Ahmed 3 (1703-1730) si la date limite lue est 1140 AH (1728 AD), soit sous Mahmoud 1 (1730-1754) si la date limite lue est 1149 AH (1737 AD) :

Fig.10 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent frappée à Tunis (lisible sur le revers). Elle n’indique pas lisiblement le nom du sultan alors que la date est indiquée au revers par trois chiffres 114…AH (le prolongement de la lettre arabe « Fi » peut induire en erreur en le considérant comme un chiffre 1 supplémentaire pour lire la date de 1114 AH). Elle est frappée soit sous Ahmed 3 (1703-1730) si la date limite lue est 1140 AH (1728 AD), soit sous Mahmoud 1 (1730-1754) si la date limite lue est 1149 AH (1737 AD) – Réf. ARTmedina-tounes 32AB.

La 8ème et dernière monnaie est la plus récente. Une monnaie d’Ali 3 Bey (1882-1902) frappée sous le Protectorat français en 1891, l’année de mise en place dans la régence de Tunis du nouveau système monétaire français du Franc et du centime, avec écartement définitif du système monétaire du Ryal tunisien (équivalent à la Piastre espagnole).

Fig.11 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie de 50 centimes en argent du Bey Ali 3 (1882-1902) frappée à Tunis en 1891 sous le Protectorat français– Réf. ARTmedina-tounes 25AB.

Quant au reste des pendeloques, au nombre de cinq, ce sont des modèles assez originaux, de rares œuvres d’Art :

Fig.12 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 01AB.

Fig.13 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 02AB.

Fig.14 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 03AB.

Fig.15 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 04AB.

Fig.16 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en main d’ivoire (ou os) – Réf. ARTmedina-tounes 05AB.

(1(1) Cahier artistique n°04 ARTmedina-tounes intitulé : « Bijoux berbères en argent de Tunisie », Monhel, 2023, Amazon (https://www.amazon.fr/Bijoux-berb%C3%A8res-en-argent-Tunisie/dp/B0BSWY5XH1/ref=sr_1_1?dib=eyJ2IjoiMSJ9.bJBVHX0QM7vbg940Q )

ARTmedina-tounes

Musée virtuel Helioui Ahmed de l’argenterie et des arts

Copyright

samedi 5 juillet 2025

Patrimoine de Tunisie - Dougga – Les arcs de Triomphe des Sévères, Septime (193-211) et Alexandre (222-235)

 


Fig 01 – Monnaies romaines – Sesterce en bronze de Septime sévère (193-211AD) – ARTmedina-tounes plc71 27mm Web.

Le site antique de Dougga (Thugga) en Tunisie se distingue par deux arcs de triomphe en l’honneur de deux empereurs romains de la famille des Sévères. Le fondateur Septime sévère (193-211), Général originaire d’Afrique du nord, né en 145 à Leptis Magna en Libye actuelle, et Alexandre sévère (222-235), le dernier de la dynastie.


Fig.02 – Patrimoine de Tunisie – Dougga - Arc de triomphe de Septime sévère érigé en 205 AD à l’entrée de la ville au sud – est – ARTmedina-tounes.

L’arc de Septime sévère se dresse majestueusement à l’entrée de la ville venant de Carthage. Sous cet arc passe la voie qui descendait dans la plaine et rejoignait le grand axe routier de Carthage à Théveste, l’actuelle Tebessa en Algérie.

Il fut élevé en 205 pour célébrer l'accession de Dougga (Thugga) au rang de Municipe. Ce n’est qu’en 261, sous Gallienus (253-268), que la ville accède au rang de Colonie.


Fig 0 – Monnaies romaines – Sesterce en bronze de Gallienus (253-268 AD) – ARTmedina-tounes plc98 24mm Web.

Obs : Les sesterces de Gallienus sont les derniers sesterces frappés sous l’autorité du Sénat (SC). Une monnaie en bronze emblématique de l’apogée de l’empire romain qui sera définitivement écartée après Gallienus.


Fig.03 – Patrimoine de Tunisie - Arc de triomphe d’Alexandre sévère érigé en position diamétrale à celui de Septime sévère. Il est situé sur la voie qui, depuis le forum, se dirige vers l'ouest à l’opposé de la direction de Carthage – ARTmedina-tounes.


Fig.04 – Monnaies de l’empire romain - Sesterce d’Alexandre sévère (222-235) – ARTmedina-tounes plc69 30mm Web.

Dougga est le site antique qui regroupe en un seul lieu des monuments des différentes civilisations qui se sont succédé en Afrique du nord : loubique, numide, punique, romaine, byzantine, arabe…Les vandales, semble-t-il, ne se sont pas intéressés à Dougga alors que le grand nombre de monuments romains présents sur le site indique un plein essor de la ville sous l’empire romain.


Dougga – Carte des monuments sur le site antique – Référence Wikpédia - Observation : Le Mausolée numide est indiqué « punique » tout en bas sur la carte : à corriger en sachant que le numide de la Numidie n’est pas le punique de Carthage.

A Dougga, il est intéressant de constater que l’autorité impériale romaine n’a pas saccagé en entier les vestiges numides de la ville antique, comme elle le faisait pour les vestiges puniques de Carthage. Le temple punique érigé par les Carthaginois en l’honneur de leur déesse Tanit (Ashtart) a été réaménagé par Septime sévère en l’honneur de la déesse Caelestis, parèdre du Saturne « africain ».


Patrimoine de Tunisie – Dougga – Temple Caelestis aménagé par Septime Sévère en 205 sur les fondements du temple punique de Tanit – ARTmedina-tounes - Photo Unesco.

Ainsi donc et curieusement, les romains d’habitude hégémoniques, ont laissé miroiter en hauteur de plus de 21 mètres le majestueux Mausolée numide datant de la période d’avant la conquête romaine de l’Africa.


Patrimoine de Tunisie- Dougga – Mausolée numide construit sur une base carrée et une hauteur de plus de 21 mètres, situé en périphérie à l’entrée sud-est de la ville du côté de l’Arc de Septime sévère – ARTmedina-tounes.

En préservant le Mausolée  Numide-Loubique (meilleure traduction que Libyque à notre sens), on doit une fière chandelle aux romains puisque les inscriptions Loubiques traduites en Puniques sur le monument ont permis de déchiffrer la langue Loubique  des premiers habitants de l’Afrique du nord, ancêtres des Numides et des Berbères.

Lorsqu’enfin Dougga est élevée en 261 du rang de Municipe en Colonie les indices de la décadence économique de la ville commencent déjà à apparaitre. La faillite pointe son nez sous l’anarchie militaire durant la deuxième moitié du 3ème siècle sous drame de religion. Le 4è siècle annoncera le début officiel du christianisme avec Constantin. Au virage du 5ème siècle, le paganisme et le puissant dieu Sol synonyme de sommité militaire de l’empire romain durant trois siècles est supplanté par le christianisme, dorénavant seule religion de l’empire par la grâce de Théodose. Sous l’époque Valentinienne est entamée la réparation des monuments prestigieux de Dougga laissés presqu’en ruine tout le long du 4è siècle. Suivra la construction de l'église Victoria, seul monument chrétien de la ville et dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Sous la Tunisie ouverte et multiculturelle, un Masjed (lieu de culte musulman) a été bâti à l’intérieur de l’enceinte à côté des locaux administratifs du site.


Patrimoine de Tunisie – Dougga – Eglise Victoria, état au début 2000 – ARTmedina-tounes, Wiki.

Monhel

ARTmedina-tounes

Copyright

lundi 9 juin 2025

Patrimoine de Tunisie – Amulettes protectrices : mêmes croyances pour les juifs et leurs cousins sémites tunisiens

 

Fig.01 – Patrimoine de Tunisie – Médaille amulette juive élaborée en or pour la protection contre le mauvais œil. Conçue au 19ème siècle sous la période de Mohamed 3 Sadok Bey (1859-1882) et consacrée par le Rabbin pour les juifs Lili fille de Torfi dont les noms figurent sur la médaille - Réf. Maison numismatique MDC, lot 1223, auction 9 - https://mdc.bidinside.com/fr/cat/450/0/tunisie/2/.

Les juifs Touansa enracinés en Tunisie depuis déjà plus de 2000 ans, à l’inverse des juifs Grana immigrés d’Europe, d’Espagne ou d’Italie, notamment depuis le 17è siècle, ont partagé multitudes de spécificités et coutumes ancestrales avec leurs cousins sémites tunisiens.

Surtout, la croyance au mauvais œil.

Pour s’y opposer, ils ont imaginé multitudes de symboles-objets protecteurs dont le plus connu est la main adoptée aussi bien par les juifs, les chrétiens ou les musulmans.

Au-delà des symboles-objets, ils ont imaginé des écrits protecteurs consacrés religieusement par le Rabbin. Plusieurs supports ont été utilisés pour ces écrits, de la feuille papier, au cuir ou aux médailles comme celle présentée en figure 01.

Leurs cousins sémites tunisiens musulmans prêtent le nom de Herz à ces écrits protecteurs. Toutes sortes de supports ont été également adoptés notamment par les femmes berbères et bédouines qui les ont inclus parmi leurs bijoux en argent de la Melia, l’habit millénaire qui a vêtu l’ensemble des maghrébines, juive, chrétienne et musulmane*.

*Réf. 1. « La fibule berbère, la Melia et le voeu de la paix », cahier 01 ARTmedina-tounes, Monhel, 2017, Amazon.

2. « Les bijoux berbères en argent de Tunisie », cahier 04 ARTmedina-tounes, Monhel, 2023, Amazon.

Patrimoine de Tunisie – Bédouine de Tunisie vêtue de la Melia parée de ses multitudes de bijoux dont le médaillon protecteur contre le mauvais œil. Réf. ARTmedina-tounes.

Juifs et musulmans ont cohabité en harmonie durant des siècles en Tunisie. Et ce, malgré le statut particulier de Dhimmi qui a « collé » aux juifs depuis le 3è calife Omar en terre arabo-musulmane. Le statut de Dhimmi n’a été aboli en Tunisie que tardivement au 19è siècle. Ce sera un évènement premier dans le monde arabe traduit par la législation de Ahd Al Amane beylicale liée aux deux frères  Mohamed 2 Bey (1855-1859) et Mohamed 3 Sadok Bey (1859-1882). Influencés en cela diplomatiquement, voire obligés, par les ambassadeurs des puissances coloniales montantes de l’époque, la France et l’Angleterre.

Bijoux berbéro bédouins en argent de Tunisie – Pendentif amulette constitué d’un cylindre ouvrant et chainettes pendantes connectées à  de petites mains et ronds lunaires. Le cylindre permet d’y inclure le Herz protecteur (écrit sur papier ou autre) contre le mauvais œil. Réf. ARTmedina-tounes.

Monhel

ARTmedina-tounes

Copyright

samedi 4 janvier 2025

Les Tabarquins et le corail rouge de Tunisie , 2è édition du 9.2.2023 chez Amazon.

 

Ci-après une partie de la note de description publiée chez Amazon:

"Le corail rouge spécifié dans les bijoux en argent des berbéro bédouines de Tunisie fait l’objet de ce deuxième numéro. Quant à la réflexion artistique, entremêlée de faits historiques, elle va à la rencontre des Tabarquins, cette communauté tunisienne d’origine génoise d’Italie qui a rejoint en 1542 le minuscule ilot de Tabarka pour exploiter le corail rouge, jadis assez prolifère au large des côtes nord de la Tunisie.

La saga prospère des Tabarquins en Tunisie s’étalera durant deux siècles avant de subir l’esclavage à deux reprises, en 1741 et en 1798. Une saga perpétuée à travers l’histoire émotionnelle de la jeune esclave Tabarquini, Francesca Rosso, dont la destinée la conduira en 1835 sur la plus haute marche du trône du Bey de Tunisie.
L’auteur fait ressurgir, en quelques lignes, des thèmes originaux du patrimoine multiethnique de Tunisie, comme la sauvegarde officielle de la langue «tuniso- génoise» de la minorité Tabarquine immigrée en Sardaigne ou la déperdition totale de la langue judéo-arabe des Tunes, les juifs de Tunisie immigrés pour la plupart en Israël...".

ARTmedina-tounes
Copyright