mercredi 24 décembre 2025

Le méconnu Al Makrizi et son traité de 1420 en arabe sur les monnaies islamiques.


Un traité numismatique en langue arabe aussi méconnu que son auteur.

Il a fallu attendre 1796, à l’ère napoléonienne, pour que le français Sylvestre de Sact entreprenne sa traduction et le fasse connaitre en Europe.

Al Makrizi est un historien spécialiste de la période arabe du 7ème au 14ème siècle.

Né aux environs de 1364 et décédé au Caire vers 1442, il est contemporain des Mamelouks d’Egypte. C’est le sultan Al Malek Al Mahmoudi, le 4ème de la dynastie des Mamelouks d’Égypte (1413 -1437), qui demanda à Al Makrizi d'élaborer un livre sur les monnaies islamiques. Ce sera fait vers 1420 JC.

Parmi ses ouvrages :

-                 - Description historique et topographique de l'Égypte.

-                 -Traité des monnaies musulmanes.

-                 - Histoire des sultans Ayoubites et des Mamelouks

-                 - Traité des poids et des mesures légales des                               musulmans

Numismatique islamique – Monnayage du Mamelouk Baybars (1260 - 1276) - Dinar en or indiquant sur sa face l’emblème du Lion, marque de réputation de Baybars – Réf. ARTmedina-tounes.

Monhel

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jeudi 18 décembre 2025

Numismatique Libyque - Etat Libyque de l’antiquité: L’autre regard sur la révolte Libyque contre Carthage

 


Figure 1 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie de 2 Shekels en billon de 12.5 g et de 27 cm portant à l’exergue l’indication « Libyon » en dessous du taureau rugissant – Le portrait à l’avers est attribué par Manfredi et autres à la divinité grecque Zeus –

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer une divinité autre que celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

L’année 238 avant J.C coïncide avec l’épilogue de la guerre infâme qui a duré cinq longues années de 241 à 238 avant J.C entre les puniques de Carthage et les révoltés libyques sur le territoire de l’actuelle Tunisie.

Figure 2 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan » en dessous du lion – Le portrait à l’avers est attribué par la documentation à la divinité phénicienne Melkart –

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer la divinité de l’ennemi et non pas celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

Parmi les rares monnaies relatives à la révolte Libyque contre Carthage du 3è siècle avant JC (238-241), celle qui attire le plus l’attention est bien cette monnaie indiquant nettement en exergue du revers le nom de la Cité Lybian en lettres grecques.

Une impressionnante monnaie. Celle du lion Libyque rugissant contre l’occupant punique.

Une monnaie en billon très rare rapportée notamment par la collection Bouchereau. Un libraire français passionné d’antiquités et de monnaies qui, au début du 20ème siècle à Alger, a pu confectionner, sans s’en rendre compte, la plus importante collection de monnaies antiques d’Afrique du nord et autres. Une collection heureusement rapportée grâce au catalogue de la vente aux enchères du 19/20 juin 2014 de la maison Drouot à Paris en France.

Figure 3 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan » en dessous du lion rugissant contre l'occupant punique – Le portrait à l’avers est attribué par la documentation à la divinité phénicienne Melkart – 

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer la divinité de l’ennemi et non pas celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

Jamais le lion rugissant avec sa crinière en hérisson n’a immortalisé son mécontentement de façon si terrible.

Une monnaie exceptionnelle, d’importance historique, identitaire.

Car elle atteste de l’existence d’un Etat Libyque par la signature du mot « Lybian » en exergue du revers.

La face indiquerait le portrait d’une divinité ou d’un chef Libyque à l’exemple des monnaies du chef Libyco-numide Syfax.

Pourtant, l’ensemble des experts de la rive nord de la méditerranée l’ont toujours attribué à une divinité punique comme celle de Melkart de Phénicie. Une aberration, car la Cité – Etat Libyque, comme attestée par l’indication du nom Libyan sur l’exergue, ne va pas indiquer sur son monnayage le portrait d’un dieu de l’ennemi.

Ces mêmes experts ont également attribué à Zeus le grec le portrait de la monnaie similaire en figure 1 indiquant à son exergue le terme Libyan et montrant cette fois-ci le « rugissement » du taureau mécontent de la colonisation punique.

Ces monnaies « Libyans » ne sont pas nombreuses.

Les experts ont préféré attribuer leur émission à…des mercenaires révoltés contre Carthage pour leurs salaires.

Ils n’ont pas fait l’effort de s’orienter vers l’existence d’une cité – Etat- Libyque émettrice de monnaies au même titre que Carthage, Athènes ou Rome.

La plupart des experts s’alignent encore aujourd’hui  sur les mêmes « rapports » et écrits de l’antiquité classant les peuples Libyques comme des sauvages incapables de se constituer en Etat et d’émettre des monnaies. C’est Hérodote le grec qui, le premier au cinquième siècle avant JC, a inventé le terme Barbare pour désigner de sauvages les peuples nord africains.

Mais en ce début du 21ème siècle, les études archéologiques et les nouvelles découvertes semblent inverser ces attributions. L’une d’elles se prononce bel et bien pour l’existence d’un Etat Libyque saharien.

C’est David Mattingly de l’Université de Leicester qui fait un bond significatif pour la reconnaissance d’un Etat Libyque Saharien de l’antiquité, celui des Garamantes, composante des peuples Libyques (Gétules, Numides…), dont les vestiges archéologiques sont encore visibles auprès du Fezzan tripolitain en Libye actuelle. Les avancées de David Mattingly contredisent ainsi les affirmations des historiens qui considéraient les tribus Libyques de l’antiquité, mis à part les numides, incapables de se gérer en un Etat capable d’émettre des monnaies.

Son article de 2001, paru dans la revue « Antiquités africaines » (volume 37), énumère les preuves archéologiques, pourtant disponibles depuis longtemps, pour se prononcer bel et bien sur l’existence d’un Etat Libyque « Saharien ».

Un Etat qui côtoyait les Pharaons et qui recevait de l’argent des taxes de la part des puniques en contre partie des comptoirs de commerce installés tout le long de la côte du nord de l’Afrique depuis un millénaire avant J.C.

Avec l’Egypte des Pharaons, les Libyques vivaient parfois en parfaite symphonie amicale à l’exemple du pharaon Séthi 1er et son fils dont la tombe royale montre sur ses murs au moins trois peintures de personnages élégants de Libyques (Figure 4)…très loin de l’image de « Barbare » façonnée par Hérodote le Grec au 5è siècle avant J.C.

Figure 4 – Peinture d’un Libyque visible sur les murs de la tombe du fils du pharaon égyptien Séthi 1er. L’élégance du personnage indique qu’il s’agit d’une haute personnalité libyque en étroite liaison amicale aves les pharaons au point d’avoir l’honneur de figurer dans une pyramide funeste des pharaons d’Egypte – Réf. ARTmedina-tounes.

Pour l’histoire, il y a lieu de rappeler que les relations amicales entre les Libyques et Carthage la punique se sont détériorées à partir du 4ème siècle quand le petit punique à ses débuts en Afrique du nord devenu assez grand a refusé de payer son dû locatif aux Libyques pour ses divers comptoirs de commerce installés le long du littoral d’Afrique du nord.

Pour cela, des guerres ont eu lieu entre Puniques et Libyques dont la plus infâme, objet du présent article, celle de 241 à 238 avant J.C, a été abondamment relayée par les historiens et même les romanciers comme Gustave Flaubert.

L’historique rapportée de cette guerre est un amalgame entre la révolte des mercenaires non payés par Carthage et celle de l’Etat Libyque qui, en fait, a profité du déclenchement des hostilités entre mercenaires et puniques pour ouvrir un deuxième front contre le colonisateur Carthaginois en vue de libérer leur territoire nord-africain.

Une révolte des Libyques contre Carthage pour libérer leur terre alors que les mercenaires de l’armée de Carthage se révoltaient pour leur salaire.

L’histoire reconnait tout de même que les Libyques ont failli remporter la victoire contre Carthage, si ce n’est la traitrise de l’un des leurs, le chef Navaras, qui s’est aligné contre son peuple au profit de Carthage… pour les beaux yeux de la belle princesse carthaginoise Sonophibe et…pour la grande joie du romancier Gustave Flaubert.

Monhel

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lundi 15 décembre 2025

Patrimoine de Tunisie – La bêtise de démolition du mausolée de Kara Mustapha Dey

 

Patrimoine de Tunisie – Mausolée de Kara Mustapha Dey, Place du Château, Bab Menara, Médina de Tunis – Détruit en 1960 par le despote éclairé (cette fois-ci non éclairé par rancœur au patrimoine beylical). Réf. ARTmedina-tounes.

L’officier janissaire turc Kara Mustapha a été élu Dey de la province ottomane de Tunis en 1702 par le Diwan, le Conseil militaire des officiers turcs.

Il est déposé la même année par le nouveau Bey Ibrahim Cherif (1702-1705) qui s’accapara du plein pouvoir à Tunis. Son règne brutal sera éphémère puisque renversé en 1705 par Hussein 1er Bey (1705-1735), fondateur de la dynastie Husseinite trois fois centenaire. Kara Mustapha Dey sera rappelé en 1705 par Hussein 1er Bey et exercera jusqu’en 1726.

Le Mausolée de Kara Mustapha Dey (1702, 1705-1726), érigé à la place du Château, Bab Menara à la Médina de Tunis, a été démoli après l’indépendance en 1960 sous l’ère Bourguiba, alors qu’il figurait sur la liste des monuments du patrimoine de Tunisie.

Il figure parmi les derniers mausolées érigés par les Deys de Tunis et témoigne à cette époque de l’importance du pouvoir des Deys au même titre que celui des Beys qui érigeaient également leurs propres mausolées.

Le Dey est le chef des militaires « janissaires » turcs. Il préside un conseil d’une quarantaine d’officiers chargés de maintenir l’ordre dans la province ottomane. Dès les années 1590, le Dey s’est accaparé du pouvoir à Tunis, province ottomane dès 1574, en écartant le Pacha vers un poste honorifique bien que nommé par le Sultan ottoman pour le représenter dans la province.

Dans la province voisine d’Algérie, les deys se sont accaparés pleinement du pouvoir. A Tunis, ce sont les Beys - institution créée par Youssef Dey (1610 - 1637) et chargée de la collecte des impôts -, qui ont accaparé le pouvoir à partir de Mourad Bey (1613-1631) avec la bienveillance de son mentor le grand Youssef Dey (1610-1637) à qui on ne discutait pas les ordres. Mourad Bey, corsaire à l’origine et fondateur de la Dynastie des Beys Mouradites durant le 17ème siècle, se partageait les affaires avec son mentor Youssef Dey tout en développant l’économie de la province à son plus haut niveau. 

Fidèle et bâtisseur comme son mentor Youssef Dey, Mourad Bey s’est vu octroyer le titre de Pacha par le sultan ottoman. Son fils Hamouda Pacha Bey (1631-1666) aura le même privilège de représenter le sultan dans la province de Tunis. Cette double représentation expliquerait en quelques sortes l’acceptation docile du pouvoir des Beys par les Deys sans trop broncher.

Les Beys et les Deys de Tunis ont ainsi gouverné ensemble plutôt en harmonie, parfois en concurrents. Un autre exemple de la particularité de ce petit bout de terre le plus nordique d’Afrique.

A partir du règne d’Hussein 1er Bey (1705-1728), les dissensions entre ces deux institutions au pouvoir, Dey et Bey, ont commencé à s’aplanir au profit du fait établi par l’institution beylicale. Cette dernière, établie en dynastie Husseinite, règnera à Tunis durant plus de trois siècles jusqu’à proclamation de la République en 1957.

Monhel

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samedi 4 octobre 2025

Patrimoine de Tunisie - Le Sefsari


Figure – Patrimoine de Tunisie – Femmes tunisiennes portant le Sefsari (Voile blanc) en laine, coton ou soie (Harir). Le Sefsari à la couleur blanche de la chaux pure est typique de la Tunisie. Il se contraste avec le Hijab de couleur noir d’orient. Un habit remarquable adopté aussi bien par les tunisiennes musulmanes que juives reconnaissables par leur calotte de tête en forme conique pointue. Réf. ARTmedina-tounes.

Durant le 20è siècle, il n’était pas rare de voir dans les rues la femme tunisienne couverte de son Sefsari blanc assez remarquable et distingué.

C’est une étoffe en fil naturel de laine ou coton, soie (Harir) pour les citadines, utilisée à couvrir la tunisienne de la tête au pied une fois passé la Atba (Perron) de la maison. Le Sefsari à la couleur blanche de la chaux pure est typique de la Tunisie. Il se contraste avec le Hijab de couleur noir d’orient. Un habit remarquable adopté aussi bien par les tunisiennes musulmanes que juives, reconnaissables par leur calotte de tête en forme conique pointue.

L’évolution du vestimentaire patrimonial tunisien a évolué durant les siècles et les circonstances géopolitiques. Le phénomène de déculturation européenne, aidé en cela par la propagande coloniale, a contribué au changement de mentalité de quelques familles tunisiennes (oises) citadines des grandes villes notamment Tunis, Sfax ou Sousse qui ont commencé à adopter le vestimentaire colonial européen.

Auparavant et dès la moitié du 19è siècle, Ahmed Bey (1837-1855) ; dit le Bey Sarde en liaison avec l’origine de sa mère Francesca Rosso née en Sardaigne ; a bouleversé le vestimentaire patrimonial tunisien au profit de celui européen en introduisant le pantalon au sein l’armée, sans toutefois réussir à entrainer la masse populaire et ce, jusqu’à l’indépendance du pays. Ce que n’a pas pu réussir Ahmed 1er Bey, Bourguiba, l’instigateur du coup d’Etat constitutionnel de 1957 aidé en cela par le colonisateur, a pu le réussir.

Au sortir de la France de Tunisie et à l’inverse de certains pays d’Orient, Bourguiba submergé par la « modernité occidentale » s’est efforcé à généraliser cette déculturation vestimentaire et autres coutumes patrimoniales ou religieuses, en se cassant le nez cette fois ci devant le refus de ne pas faire le Karem au sein de l’armée.

En peu de temps, les Sefasari, Fouta et Blouza pour les femmes ; les Djebba, Kachabia et Burnous pour les hommes, ont vite rejoint pour une large part le banc de l’histoire. De même pour les bijoux en argent des berbéro bédouines et leur habit de la Melia qui ont laissé place à la mode européenne. Sauf dans certaines contrées éloignées ou délaissées comme l’ethnie berbère qui a pu sauvegarder ses coutumes et langue en s’éloignant du côté des espaces sahariens.

Curieusement, au tournant du 21è siècle, on constate de plus en plus un retour aux coutumes traditionnelles, un phénomène de rébellion contre l’offensive de la mondialisation orchestrée dès la fin du 20è siècle.

Une effervescence sans pareille s’est emparée des jeunes pour innover notamment dans les secteurs vestimentaires en s’inspirant du Patrimoine. Si le costume européen demeure encore dans l’Administration publique, l’Etat accentue tout de même les efforts pour la sauvegarde de l’héritage vestimentaire ancestral de Tunisie tel que la Djebba, Burnous, Fouta…avec ses spécificités écologiques remarquables adaptées aux contextes climatiques et environnementales propres du pays, un atout majeur pour s’ouvrir aux marchés promoteurs.

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lundi 14 juillet 2025

Médaille commémorant la conquête de Tunis en 1535 par Charles de Habsbourg dit Charles Quint

 

Médaille de Charles 5 commémorant la prise de Tunis en 1535. 34g. 41mm. Portrait de l’empereur lauré portant son armure. Au revers, les prisonniers poussés par les soldats espagnols pour s’agenouiller devant Charles Quint. Réf. Baldwin – ARTmedinatounes.

Grâce à la filiation de sa grand-mère Isabelle de Castille (1451-1504), sa mère Jeanne fille d’Isabelle et son père Philippe de Habsbourg (1478-1506), Charles de Habsbourg dit Charles Quint (1500-1558) est au début du 16è siècle le prince chrétien le plus puissant en Europe: roi d'Espagne (Castille et Aragon), roi de Naples et de Sicile, maître des Pays-Bas et des possessions autrichiennes des Habsbourg, et de surcroît empereur du Saint-Empire romain germanique.

Beaucoup d’autres titres lui ont été attribués. Le plus original, parfois méconnu, est le titre d’Africanus attribué après la conquête de Tunis en 1535 que l’on retrouve à l’avers de la présente médaille.

Après avoir perdu en 1529 son fort militaire Le Préside d’Alger, Charles Quint ne pouvait plus se permettre de perdre Tunis que vient de conquérir en août 1534 Barberousse, Sultan d’Alger depuis 1519, à la solde du Sultan ottoman.

En pleine jeunesse de trente ans espérant vivement réaliser le testament de sa grand-mère Isabelle de Castille qui voulait christianiser l’Afrique du nord après avoir chassé les musulmans d’Espagne, Charles Quint n’avait plus d’autres choix que de chasser Barberousse de Tunis.

Une impressionnante coalition de guerre, (dont la stratégie militaire et religieuse est comparable à celle récente de Bush 2 pour conquérir l’Irak), a été mise en place sous la bénédiction du Pape Paul 3, composée du Saint-Empire, la Monarchie espagnole, les États pontificaux, la République de Gênes, le Portugal et les Hospitaliers de Jérusalem.

Devant une force navale qui lui était supérieur, le rusé Barberousse laisse tomber Tunis et son fort de La Goulette et s’enfuit par les terres en direction d’Alger.

Les Espagnols resteront maitres de Tunis une quarantaine d’années.

En 1574, les ottomans musulmans la reprendront pour y rester plus de 4 siècles.

Le rêve d’Isabelle de Castille ne sera pas réalisé. Peut-être si Charles Quint en 1535 ne s’était  pas suffi de Tunis et s’était engagé à la poursuite du fuyard Barberousse…

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mercredi 9 juillet 2025

Patrimoine de Tunisie - Bijoux ethniques en Argent – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec divers pendeloques et monnaies

Mise à jour en date de 2025.07.28 : adjonction des figures A et B relatives à des Khors de même type à plusieurs chainettes dont l'un garde son pendentif à crochet.
Fig.A - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à chainettes avec pendentif à crochet, pendeloques et monnaies – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.
Fig.01 - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à chainettes avec amulette cylindrique, pendeloques et monnaies – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.

Fig.01 - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à 8 chainettes avec pendeloques et monnaies – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.

Le Khors est vraisemblablement une terminologie Berbéro Loubique* pour désigner une boucle à chainettes, un bijou faisant partie d’une vaste panoplie de bijoux pour parer l’habit de la Melia de la berbéro bédouine de Tunisie. Il est utilisé en tant qu’anneau d’oreille suspendu à une chaine au-dessus de la tête (ou accroché à un pendentif à crochet-épingle qui vient s'accrocher directement au tissu de la Melia) et venant se balancer au niveau de l’oreille. De diamètre aux environs de 10 cm, Monhel, dans son cahier artistique n°04 intitulé : « Bijoux berbères de Tunisie » (1), en dénombre plusieurs modèles berbéro-bédouins avec photos et leur consacre tout un chapitre.

*Les Loubiques, ancêtres des berbères, sont les contemporains des pharaons et premiers habitants de l’Afrique du nord. Les tribus Loubiques (des Gamarantes jusqu’aux Numides) se sont confrontés aux Puniques carthaginois, puis aux romains, qu’ils considéraient comme colonisateurs de leur territoire.(Pour désigner les ancêtres des berbères, le terme Loubique est plus approprié que Libyque).

Le Khors en figure 01 est assez original par sa conception et par le nombre impressionnant de chainettes et pendeloques qu’il comporte. Ses diverses pendeloques spécifiques ; rares modèles (œuvres d’art) décrits ci-après ; s’éloignent des pendeloques de mains et ronds caractéristiques des bijoux en argent de la berbéro bédouine de Tunisie. La plupart des monnaies est d’origine espagnole du 17è et 18è siècles. Les chainettes sont de type n°04 (1) classées par Monhel parmi les 4 chaines utilisées pour la conception des bijoux berbéro bédouins de Tunisie.

Avec ces trois indications, pendeloques, monnaies et chainette de type 4**, on peut dire que ce bijou Khors de Tunisie fait partie des bijoux élaborés par l’ethnie tunisienne composée des immigrés juifs ayant fui l’inquisition catholique d’Espagne/Portugal notamment du 17è siècle et qui ont pu s'intégrer à côté des ethnies locales nomades, berbéro -bédouines et sédentaires des villes. chaque ethnie veillant à ses propres traditions religieuses et coutumes ancestrales  dans le respect mutuel. 

**La chainette classée par Monhel de type 4, chaine classique élaborée par l'assemblage de petits anneaux ronds les uns aux autre sans soudage, n'entre pas dans le processus d'élaboration des chaines (types 1, 2 et 3) employées pour la fabrication des bijoux berbéro bédouins de Tunisie (1). Ces dernières chaines sont élaborées avec le principe de soudure de l'ensemble des anneaux les uns aux autres.  

Des immigrés juifs et mauresques accueillis chaleureusement et à bras ouverts par des Deys et Beys clairvoyants*** pour acquérir leur savoir-faire technique qui a contribué au grand essor économique de la régence de Tunis des siècles durant. Le développement des techniques innovantes a touché l’ensemble des secteurs économiques de la régence, de l’agriculture à l’artisanat en passant par le cuir et textile.

*** Othman Dey 1594 – 1610 ; Youssef Dey 1610 – 1637 ; Mourad 1er Bey (1613- 1631) et son fils Hammouda Pacha Bey (1631- 1666).

Fig.02 - Patrimoine de Tunisie – Bijoux ethniques en argent – Khors à 8 chainettes de conception originale ne faisant pas appel à la soudure – Période beylicale du 18è et 19è siècles – Réf. ARTmedina-tounes.

L’exemple du présent Khors nous révèle une technique de fabrication ne faisant pas appel à la soudure. Une technique qui remonte bien avant l’antiquité, employée notamment par l’Egypte des pharaons, les grecs (Boucles en figure 03) , les romains et autres byzantins. Reprise par les artisans immigrés juifs dès le 17è pour enrichir la panoplie de bijoux en argent de l'habit de la Melia de la berbéro bédouine et des différentes ethnies, musulmanes, juives et chrétiennes, cohabitant en harmonie dans la régence beylicale.

Fig. 03 – Bijoux en or de l’antiquité – Boucles d’oreilles  – Musée d’Athènes – Réf. Web sur X.

La conception du Khors en figure 01 est assez ingénieuse à partir de simples composants : fils ronds de différents diamètres (2 et 0.8 mm), chainettes, boules et divers pendeloques dont des monnaies en argent de l’époque de l’inquisition catholique du 17è et 18è siècles que les immigrés juifs ont vraisemblablement ramené avec eux d’Espagne :

Une monnaie de Léopold d’Autriche frappée en 1629 :

Fig.04 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent de Léopold d’Autriche frappée en 1629 – Réf. ARTmedina-tounes 8AB.

Quatre monnaies en argent d’Espagne frappées sous les Philippes :

Fig.05 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent d’Espagne frappée en …sous Philippe …– Réf. ARTmedina-tounes 9AB.

Fig.06 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent d’Espagne frappée en (..)26 sous Philippe …– Réf. ARTmedina-tounes 12AB.

Fig.07 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent d’Espagne frappée en …sous Philippe …– Réf. ARTmedina-tounes 16AB.

Fig.08 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent (famille des Ryales) d’Espagne frappée en 1721 sous Philippe 5 (1700-1746) – Réf. ARTmedina-tounes 21AB.

Le reste des monnaies sont deux beylicales tunisiennes sous les ottomans et une beylicale sous les français.

La première sous le sultan Mahmoud 1 (1730-1754) (nom lisible) :

Fig.09 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent de la régence de Tunis frappée sous le sultan ottoman Mahmoud 1 (1730-1754) – Réf. ARTmedina-tounes 18A.

La deuxième n’indique pas lisiblement le nom du sultan alors que la date est indiquée par trois chiffres 114…AH. Elle est frappée soit sous Ahmed 3 (1703-1730) si la date limite lue est 1140 AH (1728 AD), soit sous Mahmoud 1 (1730-1754) si la date limite lue est 1149 AH (1737 AD) :

Fig.10 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie en argent frappée à Tunis (lisible sur le revers). Elle n’indique pas lisiblement le nom du sultan alors que la date est indiquée au revers par trois chiffres 114…AH (le prolongement de la lettre arabe « Fi » peut induire en erreur en le considérant comme un chiffre 1 supplémentaire pour lire la date de 1114 AH). Elle est frappée soit sous Ahmed 3 (1703-1730) si la date limite lue est 1140 AH (1728 AD), soit sous Mahmoud 1 (1730-1754) si la date limite lue est 1149 AH (1737 AD) – Réf. ARTmedina-tounes 32AB.

La 8ème et dernière monnaie est la plus récente. Une monnaie d’Ali 3 Bey (1882-1902) frappée sous le Protectorat français en 1891, l’année de mise en place dans la régence de Tunis du nouveau système monétaire français du Franc et du centime, avec écartement définitif du système monétaire du Ryal tunisien (équivalent à la Piastre espagnole).

Fig.11 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes avec pendeloques – Pendeloque/Monnaie de 50 centimes en argent du Bey Ali 3 (1882-1902) frappée à Tunis en 1891 sous le Protectorat français– Réf. ARTmedina-tounes 25AB.

Quant au reste des pendeloques, au nombre de cinq, ce sont des modèles assez originaux, de rares œuvres d’Art :

Fig.12 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 01AB.

Fig.13 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 02AB.

Fig.14 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 03AB.

Fig.15 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en argent – Réf. ARTmedina-tounes 04AB.

Fig.16 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie – Khors (Anneau d’oreille) à 8 chainettes - Pendeloque en main d’ivoire (ou os) – Réf. ARTmedina-tounes 05AB.

(1(1) Cahier artistique n°04 ARTmedina-tounes intitulé : « Bijoux berbères en argent de Tunisie », Monhel, 2023, Amazon (https://www.amazon.fr/Bijoux-berb%C3%A8res-en-argent-Tunisie/dp/B0BSWY5XH1/ref=sr_1_1?dib=eyJ2IjoiMSJ9.bJBVHX0QM7vbg940Q )

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Musée virtuel Helioui Ahmed de l’argenterie et des arts

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samedi 5 juillet 2025

Patrimoine de Tunisie - Dougga – Les arcs de Triomphe des Sévères, Septime (193-211) et Alexandre (222-235)

 


Fig 01 – Monnaies romaines – Sesterce en bronze de Septime sévère (193-211AD) – ARTmedina-tounes plc71 27mm Web.

Le site antique de Dougga (Thugga) en Tunisie se distingue par deux arcs de triomphe en l’honneur de deux empereurs romains de la famille des Sévères. Le fondateur Septime sévère (193-211), Général originaire d’Afrique du nord, né en 145 à Leptis Magna en Libye actuelle, et Alexandre sévère (222-235), le dernier de la dynastie.


Fig.02 – Patrimoine de Tunisie – Dougga - Arc de triomphe de Septime sévère érigé en 205 AD à l’entrée de la ville au sud – est – ARTmedina-tounes.

L’arc de Septime sévère se dresse majestueusement à l’entrée de la ville venant de Carthage. Sous cet arc passe la voie qui descendait dans la plaine et rejoignait le grand axe routier de Carthage à Théveste, l’actuelle Tebessa en Algérie.

Il fut élevé en 205 pour célébrer l'accession de Dougga (Thugga) au rang de Municipe. Ce n’est qu’en 261, sous Gallienus (253-268), que la ville accède au rang de Colonie.


Fig 0 – Monnaies romaines – Sesterce en bronze de Gallienus (253-268 AD) – ARTmedina-tounes plc98 24mm Web.

Obs : Les sesterces de Gallienus sont les derniers sesterces frappés sous l’autorité du Sénat (SC). Une monnaie en bronze emblématique de l’apogée de l’empire romain qui sera définitivement écartée après Gallienus.


Fig.03 – Patrimoine de Tunisie - Arc de triomphe d’Alexandre sévère érigé en position diamétrale à celui de Septime sévère. Il est situé sur la voie qui, depuis le forum, se dirige vers l'ouest à l’opposé de la direction de Carthage – ARTmedina-tounes.


Fig.04 – Monnaies de l’empire romain - Sesterce d’Alexandre sévère (222-235) – ARTmedina-tounes plc69 30mm Web.

Dougga est le site antique qui regroupe en un seul lieu des monuments des différentes civilisations qui se sont succédé en Afrique du nord : loubique, numide, punique, romaine, byzantine, arabe…Les vandales, semble-t-il, ne se sont pas intéressés à Dougga alors que le grand nombre de monuments romains présents sur le site indique un plein essor de la ville sous l’empire romain.


Dougga – Carte des monuments sur le site antique – Référence Wikpédia - Observation : Le Mausolée numide est indiqué « punique » tout en bas sur la carte : à corriger en sachant que le numide de la Numidie n’est pas le punique de Carthage.

A Dougga, il est intéressant de constater que l’autorité impériale romaine n’a pas saccagé en entier les vestiges numides de la ville antique, comme elle le faisait pour les vestiges puniques de Carthage. Le temple punique érigé par les Carthaginois en l’honneur de leur déesse Tanit (Ashtart) a été réaménagé par Septime sévère en l’honneur de la déesse Caelestis, parèdre du Saturne « africain ».


Patrimoine de Tunisie – Dougga – Temple Caelestis aménagé par Septime Sévère en 205 sur les fondements du temple punique de Tanit – ARTmedina-tounes - Photo Unesco.

Ainsi donc et curieusement, les romains d’habitude hégémoniques, ont laissé miroiter en hauteur de plus de 21 mètres le majestueux Mausolée numide datant de la période d’avant la conquête romaine de l’Africa.


Patrimoine de Tunisie- Dougga – Mausolée numide construit sur une base carrée et une hauteur de plus de 21 mètres, situé en périphérie à l’entrée sud-est de la ville du côté de l’Arc de Septime sévère – ARTmedina-tounes.

En préservant le Mausolée  Numide-Loubique (meilleure traduction que Libyque à notre sens), on doit une fière chandelle aux romains puisque les inscriptions Loubiques traduites en Puniques sur le monument ont permis de déchiffrer la langue Loubique  des premiers habitants de l’Afrique du nord, ancêtres des Numides et des Berbères.

Lorsqu’enfin Dougga est élevée en 261 du rang de Municipe en Colonie les indices de la décadence économique de la ville commencent déjà à apparaitre. La faillite pointe son nez sous l’anarchie militaire durant la deuxième moitié du 3ème siècle sous drame de religion. Le 4è siècle annoncera le début officiel du christianisme avec Constantin. Au virage du 5ème siècle, le paganisme et le puissant dieu Sol synonyme de sommité militaire de l’empire romain durant trois siècles est supplanté par le christianisme, dorénavant seule religion de l’empire par la grâce de Théodose. Sous l’époque Valentinienne est entamée la réparation des monuments prestigieux de Dougga laissés presqu’en ruine tout le long du 4è siècle. Suivra la construction de l'église Victoria, seul monument chrétien de la ville et dont les traces sont encore visibles aujourd’hui. Sous la Tunisie ouverte et multiculturelle, un Masjed (lieu de culte musulman) a été bâti à l’intérieur de l’enceinte à côté des locaux administratifs du site.


Patrimoine de Tunisie – Dougga – Eglise Victoria, état au début 2000 – ARTmedina-tounes, Wiki.

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lundi 30 juin 2025

Foudhat Lahlioui – Bijoux en argent de Tunisie, la Mokhala.

 

Article publié sur le blog ARTmedina-tounes de l’auteur en date du 30 juin 2025 relatif à Foudhat Lahlioui*, bijoux en Filigrane et en argent Repoussé au modèle de la rose.

Mise à jour du 10.7.2025 pour introduire une définition du Filigrane et des photos de bijoux en Filigrane.

Mise à jour du 19.9.2025.

Figure 01 – Bijoux ethniques de Tunisie – Foudhat Lahlioui* – Mokhala en argent repoussé au motif de la rose : Flacon à Khol (poudre pour noircir les yeux). Création Helioui Ahmed, modèle n°5 - Réf. ARTmedina-tounes. Musée virtuel Helioui Ahmed de l’argenterie et des arts.(NB : Helioui Ahmed est présenté en annexe du cahier artistique ARTmedina-tounes n°01 : « La fibule berbère, la Melia et le vœu de la paix », Moncef Helioui, 2015 rév.2017, Amazon).

*Pour l’imaginaire populaire en Tunisie, Foudhat Lahlioui se confond à la technique du Filigrane**.

 En réalité, son domaine d’application est beaucoup plus large dont notamment la technique du Repoussé sur argent au motif de la rose (Lire l’article du 27 mai 2024 sur ARTmedina-tounes mis à jour le 18.9.2025.

https://art-tounes.blogspot.com/2024/05/foudhat-lahlioui-filigrane-et-gravure.html

** Définition selon le site vivalatina.fr : Le filigrane est une technique artisanale de bijouterie qui consiste à entrelacer de fins fils métalliques, souvent en or ou en argent, pour créer des motifs délicats et ajourés. Ces fils sont torsadés, soudés ou enroulés avec une grande précision, donnant vie à des formes géométriques, florales ou abstraites.

 

Figure 02 – Bracelets en argent filigrane fabriqués en Russie et en France.- Réf. Web.

Figure 03 - Bijoux ethniques en argent de Tunisie - Foudhat Lahlioui. – Ghabara (élément boitier pour contenir la poudre à joue) façonnée selon la technique du Filigrane. Fait à la main. Création Ahmed Helioui ; Hauteur : 9 cm, Diamètre : 7cm. Réf. ARTmédina-tounes. Musée virtuel Helioui Ahmed de l’argenterie et des arts.

La Mokhala, objet du présent article, est un flacon à Khol, la poudre à noircir les yeux. Faisant partie de la large gamme de Foudhat Lahlioui, elle figure parmi les bijoux en argent du Knastrou Laroussa, panier de la mariée de Tunis.

Foudhat Lahlioui dénombre plusieurs modèles de Mokhalas créées par Ahmed Helioui dont le modèle n°5 en figure 01. De grandeur appréciable 12X4 cm et 50 g, ce modèle se distingue par la technique du Repoussé au motif de la rose et ses feuilles.

Une technique faite à la main sur support de matière souple et résistante (Plomb) nécessitant beaucoup d’adresse suite à une formation longue et assidue. En manque cruel actuellement en Tunisie. Et également ailleurs dans le monde.

Cette technique artisanale du Repoussé (technique de bombage) faisant ressortir le dessin (rose, feuille..) de son métal ne se fait plus à la main mais à la machine. De pièce artisanale, on est passé à la pièce en série. Les artisans de luxe en France ou en Italie, comme ceux en Tunisie durant le 20è siècle, réputés par leur travail artistique d’Art à la main se trouvent aujourd’hui bousculés, voire écartés, faute de prix compétitifs de la machine. Il est vrai que le produit à la machine est de beauté appréciable mais jamais équivalent à celle de l’œuvre manuelle de l’artisan Artiste.

L’Inde s’est fait une spécialité de l’argenterie à la technique du repoussé à la machine. Une sous branche économique dénichée parmi tant de rares branches encore compétitives pour l’exportation. Une spécialité organisée à l’échelle d’Etat permettant de conquérir un grand nombre de marchés de luxe à l’exportation, pour le bien économique d’une nation.

Un exemple à bien étudier en Tunisie pour dépasser l’agonie de plusieurs branches de notre artisanat. Ce n’est pas trop difficile, il suffit d’être à l’écoute des artisans. Ceux enracinés dans le métier depuis plusieurs générations dont la filiation jeune est de culture générale de niveau universitaire et s’étant formée aux nouvelles technologies.

A l’Etat de fournir la matière première et le nécessaire en matériels et appareillages techniques. Aux artisans de s’épanouir dans leur travail et à l’Etat d’exporter leurs œuvres en adoptant les nouvelles technologies de vente, marketing et autres plutôt maitrisées par la jeunesse compétente locale (hors bureaucratie), comme pour l’exemple Indien pour l’argenterie ou l’exemple des parfums en France ou le Cuir en Italie.

De ces belles œuvres en argent repoussé (bombé) importées d’Inde, on en trouve exposées dans de rares vitrines en Tunisie. Les belles œuvres trouvent toujours acquéreurs dans notre pays. Et les belles œuvres s’exportent partout, car partout la belle gente féminine en est friande.

Reste le constat désolant actuel pour notre pays (non une fatalité puisque absorbable comme susmentionné) : les jeunes successeurs de nos braves ancêtres artisans d’Arts se sont malheureusement reconvertis en commerçants (tout comme nos industriels).

Figure 02 – Bijoux ethniques de Tunisie – Mokhala en argent ciselée de 1ère génération. Flacon à Khol (poudre pour noircir les yeux) – Réf. ARTmedina-tounes. Musée virtuel Helioui Ahmed de l’argenterie et des arts.

Outre la technique du Repoussé (technique de bombage du métal en argent) adoptée par Foudhat Lahlioui, technique hautement artistique aboutissant à un produit de luxe d’une beauté inégalable, la technique de gravure à la portée de l’ensemble des artisans est celle de la ciselure au burin sur métal.

Celui qui s’est distingué par la ciselure sur argent est notre compatriote juif Moshé Nemni (faussement rapporté Lemni) dont ARTmedina-tounes a bien voulu lui rendre hommage dans son premier cahier artistique n°01 intitulé : « La fibule berbère, la Melia et le vœu de la paix », Moncef Helioui, 2015 rév.2017, Amazon.

  amazon.fr/fibule-berbère-Melia-voeu-paix/dp/1507820151/ref=tmm_pap_swatch_0?_encoding=UTF8&dib_tag=se&dib=eyJ2Ijoi

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