jeudi 18 décembre 2025

Numismatique Libyque - Etat Libyque de l’antiquité: L’autre regard sur la révolte Libyque contre Carthage

 


Figure 1 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie de 2 Shekels en billon de 12.5 g et de 27 cm portant à l’exergue l’indication « Libyon » en dessous du taureau rugissant – Le portrait à l’avers est attribué par Manfredi et autres à la divinité grecque Zeus –

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer une divinité autre que celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

L’année 238 avant J.C coïncide avec l’épilogue de la guerre infâme qui a duré cinq longues années de 241 à 238 avant J.C entre les puniques de Carthage et les révoltés libyques sur le territoire de l’actuelle Tunisie.

Figure 2 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan » en dessous du lion – Le portrait à l’avers est attribué par la documentation à la divinité phénicienne Melkart –

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer la divinité de l’ennemi et non pas celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

Parmi les rares monnaies relatives à la révolte Libyque contre Carthage du 3è siècle avant JC (238-241), celle qui attire le plus l’attention est bien cette monnaie indiquant nettement en exergue du revers le nom de la Cité Lybian en lettres grecques.

Une impressionnante monnaie. Celle du lion Libyque rugissant contre l’occupant punique.

Une monnaie en billon très rare rapportée notamment par la collection Bouchereau. Un libraire français passionné d’antiquités et de monnaies qui, au début du 20ème siècle à Alger, a pu confectionner, sans s’en rendre compte, la plus importante collection de monnaies antiques d’Afrique du nord et autres. Une collection heureusement rapportée grâce au catalogue de la vente aux enchères du 19/20 juin 2014 de la maison Drouot à Paris en France.

Figure 3 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan » en dessous du lion rugissant contre l'occupant punique – Le portrait à l’avers est attribué par la documentation à la divinité phénicienne Melkart – 

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer la divinité de l’ennemi et non pas celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

Jamais le lion rugissant avec sa crinière en hérisson n’a immortalisé son mécontentement de façon si terrible.

Une monnaie exceptionnelle, d’importance historique, identitaire.

Car elle atteste de l’existence d’un Etat Libyque par la signature du mot « Lybian » en exergue du revers.

La face indiquerait le portrait d’une divinité ou d’un chef Libyque à l’exemple des monnaies du chef Libyco-numide Syfax.

Pourtant, l’ensemble des experts de la rive nord de la méditerranée l’ont toujours attribué à une divinité punique comme celle de Melkart de Phénicie. Une aberration, car la Cité – Etat Libyque, comme attestée par l’indication du nom Libyan sur l’exergue, ne va pas indiquer sur son monnayage le portrait d’un dieu de l’ennemi.

Ces mêmes experts ont également attribué à Zeus le grec le portrait de la monnaie similaire en figure 1 indiquant à son exergue le terme Libyan et montrant cette fois-ci le « rugissement » du taureau mécontent de la colonisation punique.

Ces monnaies « Libyans » ne sont pas nombreuses.

Les experts ont préféré attribuer leur émission à…des mercenaires révoltés contre Carthage pour leurs salaires.

Ils n’ont pas fait l’effort de s’orienter vers l’existence d’une cité – Etat- Libyque émettrice de monnaies au même titre que Carthage, Athènes ou Rome.

La plupart des experts s’alignent encore aujourd’hui  sur les mêmes « rapports » et écrits de l’antiquité classant les peuples Libyques comme des sauvages incapables de se constituer en Etat et d’émettre des monnaies. C’est Hérodote le grec qui, le premier au cinquième siècle avant JC, a inventé le terme Barbare pour désigner de sauvages les peuples nord africains.

Mais en ce début du 21ème siècle, les études archéologiques et les nouvelles découvertes semblent inverser ces attributions. L’une d’elles se prononce bel et bien pour l’existence d’un Etat Libyque saharien.

C’est David Mattingly de l’Université de Leicester qui fait un bond significatif pour la reconnaissance d’un Etat Libyque Saharien de l’antiquité, celui des Garamantes, composante des peuples Libyques (Gétules, Numides…), dont les vestiges archéologiques sont encore visibles auprès du Fezzan tripolitain en Libye actuelle. Les avancées de David Mattingly contredisent ainsi les affirmations des historiens qui considéraient les tribus Libyques de l’antiquité, mis à part les numides, incapables de se gérer en un Etat capable d’émettre des monnaies.

Son article de 2001, paru dans la revue « Antiquités africaines » (volume 37), énumère les preuves archéologiques, pourtant disponibles depuis longtemps, pour se prononcer bel et bien sur l’existence d’un Etat Libyque « Saharien ».

Un Etat qui côtoyait les Pharaons et qui recevait de l’argent des taxes de la part des puniques en contre partie des comptoirs de commerce installés tout le long de la côte du nord de l’Afrique depuis un millénaire avant J.C.

Avec l’Egypte des Pharaons, les Libyques vivaient parfois en parfaite symphonie amicale à l’exemple du pharaon Séthi 1er et son fils dont la tombe royale montre sur ses murs au moins trois peintures de personnages élégants de Libyques (Figure 4)…très loin de l’image de « Barbare » façonnée par Hérodote le Grec au 5è siècle avant J.C.

Figure 4 – Peinture d’un Libyque visible sur les murs de la tombe du fils du pharaon égyptien Séthi 1er. L’élégance du personnage indique qu’il s’agit d’une haute personnalité libyque en étroite liaison amicale aves les pharaons au point d’avoir l’honneur de figurer dans une pyramide funeste des pharaons d’Egypte – Réf. ARTmedina-tounes.

Pour l’histoire, il y a lieu de rappeler que les relations amicales entre les Libyques et Carthage la punique se sont détériorées à partir du 4ème siècle quand le petit punique à ses débuts en Afrique du nord devenu assez grand a refusé de payer son dû locatif aux Libyques pour ses divers comptoirs de commerce installés le long du littoral d’Afrique du nord.

Pour cela, des guerres ont eu lieu entre Puniques et Libyques dont la plus infâme, objet du présent article, celle de 241 à 238 avant J.C, a été abondamment relayée par les historiens et même les romanciers comme Gustave Flaubert.

L’historique rapportée de cette guerre est un amalgame entre la révolte des mercenaires non payés par Carthage et celle de l’Etat Libyque qui, en fait, a profité du déclenchement des hostilités entre mercenaires et puniques pour ouvrir un deuxième front contre le colonisateur Carthaginois en vue de libérer leur territoire nord-africain.

Une révolte des Libyques contre Carthage pour libérer leur terre alors que les mercenaires de l’armée de Carthage se révoltaient pour leur salaire.

L’histoire reconnait tout de même que les Libyques ont failli remporter la victoire contre Carthage, si ce n’est la traitrise de l’un des leurs, le chef Navaras, qui s’est aligné contre son peuple au profit de Carthage… pour les beaux yeux de la belle princesse carthaginoise Sonophibe et…pour la grande joie du romancier Gustave Flaubert.

Monhel

ARTmedina-tounes

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