mercredi 24 décembre 2025

Le méconnu Al Makrizi et son traité de 1420 en arabe sur les monnaies islamiques.


Un traité numismatique en langue arabe aussi méconnu que son auteur.

Il a fallu attendre 1796, à l’ère napoléonienne, pour que le français Sylvestre de Sact entreprenne sa traduction et le fasse connaitre en Europe.

Al Makrizi est un historien spécialiste de la période arabe du 7ème au 14ème siècle.

Né aux environs de 1364 et décédé au Caire vers 1442, il est contemporain des Mamelouks d’Egypte. C’est le sultan Al Malek Al Mahmoudi, le 4ème de la dynastie des Mamelouks d’Égypte (1413 -1437), qui demanda à Al Makrizi d'élaborer un livre sur les monnaies islamiques. Ce sera fait vers 1420 JC.

Parmi ses ouvrages :

-                 - Description historique et topographique de l'Égypte.

-                 -Traité des monnaies musulmanes.

-                 - Histoire des sultans Ayoubites et des Mamelouks

-                 - Traité des poids et des mesures légales des                               musulmans

Numismatique islamique – Monnayage du Mamelouk Baybars (1260 - 1276) - Dinar en or indiquant sur sa face l’emblème du Lion, marque de réputation de Baybars – Réf. ARTmedina-tounes.

Monhel

ARTmedina-tounes

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jeudi 18 décembre 2025

Numismatique Libyque - Etat Libyque de l’antiquité: L’autre regard sur la révolte Libyque contre Carthage

 


Figure 1 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie de 2 Shekels en billon de 12.5 g et de 27 cm portant à l’exergue l’indication « Libyon » en dessous du taureau rugissant – Le portrait à l’avers est attribué par Manfredi et autres à la divinité grecque Zeus –

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer une divinité autre que celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

L’année 238 avant J.C coïncide avec l’épilogue de la guerre infâme qui a duré cinq longues années de 241 à 238 avant J.C entre les puniques de Carthage et les révoltés libyques sur le territoire de l’actuelle Tunisie.

Figure 2 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan » en dessous du lion – Le portrait à l’avers est attribué par la documentation à la divinité phénicienne Melkart –

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer la divinité de l’ennemi et non pas celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

Parmi les rares monnaies relatives à la révolte Libyque contre Carthage du 3è siècle avant JC (238-241), celle qui attire le plus l’attention est bien cette monnaie indiquant nettement en exergue du revers le nom de la Cité Lybian en lettres grecques.

Une impressionnante monnaie. Celle du lion Libyque rugissant contre l’occupant punique.

Une monnaie en billon très rare rapportée notamment par la collection Bouchereau. Un libraire français passionné d’antiquités et de monnaies qui, au début du 20ème siècle à Alger, a pu confectionner, sans s’en rendre compte, la plus importante collection de monnaies antiques d’Afrique du nord et autres. Une collection heureusement rapportée grâce au catalogue de la vente aux enchères du 19/20 juin 2014 de la maison Drouot à Paris en France.

Figure 3 - Monnayage Libyque – Révolte Libyque contre Carthage de 241-238 avant JC – Monnaie en billon portant à l’exergue l’indication « Libyan » en dessous du lion rugissant contre l'occupant punique – Le portrait à l’avers est attribué par la documentation à la divinité phénicienne Melkart – 

Observation : S’agissant d’une monnaie Libyque, alors pourquoi lui attribuer la divinité de l’ennemi et non pas celle des Libyques ? – Réf. ARTmedina-tounes.

Jamais le lion rugissant avec sa crinière en hérisson n’a immortalisé son mécontentement de façon si terrible.

Une monnaie exceptionnelle, d’importance historique, identitaire.

Car elle atteste de l’existence d’un Etat Libyque par la signature du mot « Lybian » en exergue du revers.

La face indiquerait le portrait d’une divinité ou d’un chef Libyque à l’exemple des monnaies du chef Libyco-numide Syfax.

Pourtant, l’ensemble des experts de la rive nord de la méditerranée l’ont toujours attribué à une divinité punique comme celle de Melkart de Phénicie. Une aberration, car la Cité – Etat Libyque, comme attestée par l’indication du nom Libyan sur l’exergue, ne va pas indiquer sur son monnayage le portrait d’un dieu de l’ennemi.

Ces mêmes experts ont également attribué à Zeus le grec le portrait de la monnaie similaire en figure 1 indiquant à son exergue le terme Libyan et montrant cette fois-ci le « rugissement » du taureau mécontent de la colonisation punique.

Ces monnaies « Libyans » ne sont pas nombreuses.

Les experts ont préféré attribuer leur émission à…des mercenaires révoltés contre Carthage pour leurs salaires.

Ils n’ont pas fait l’effort de s’orienter vers l’existence d’une cité – Etat- Libyque émettrice de monnaies au même titre que Carthage, Athènes ou Rome.

La plupart des experts s’alignent encore aujourd’hui  sur les mêmes « rapports » et écrits de l’antiquité classant les peuples Libyques comme des sauvages incapables de se constituer en Etat et d’émettre des monnaies. C’est Hérodote le grec qui, le premier au cinquième siècle avant JC, a inventé le terme Barbare pour désigner de sauvages les peuples nord africains.

Mais en ce début du 21ème siècle, les études archéologiques et les nouvelles découvertes semblent inverser ces attributions. L’une d’elles se prononce bel et bien pour l’existence d’un Etat Libyque saharien.

C’est David Mattingly de l’Université de Leicester qui fait un bond significatif pour la reconnaissance d’un Etat Libyque Saharien de l’antiquité, celui des Garamantes, composante des peuples Libyques (Gétules, Numides…), dont les vestiges archéologiques sont encore visibles auprès du Fezzan tripolitain en Libye actuelle. Les avancées de David Mattingly contredisent ainsi les affirmations des historiens qui considéraient les tribus Libyques de l’antiquité, mis à part les numides, incapables de se gérer en un Etat capable d’émettre des monnaies.

Son article de 2001, paru dans la revue « Antiquités africaines » (volume 37), énumère les preuves archéologiques, pourtant disponibles depuis longtemps, pour se prononcer bel et bien sur l’existence d’un Etat Libyque « Saharien ».

Un Etat qui côtoyait les Pharaons et qui recevait de l’argent des taxes de la part des puniques en contre partie des comptoirs de commerce installés tout le long de la côte du nord de l’Afrique depuis un millénaire avant J.C.

Avec l’Egypte des Pharaons, les Libyques vivaient parfois en parfaite symphonie amicale à l’exemple du pharaon Séthi 1er et son fils dont la tombe royale montre sur ses murs au moins trois peintures de personnages élégants de Libyques (Figure 4)…très loin de l’image de « Barbare » façonnée par Hérodote le Grec au 5è siècle avant J.C.

Figure 4 – Peinture d’un Libyque visible sur les murs de la tombe du fils du pharaon égyptien Séthi 1er. L’élégance du personnage indique qu’il s’agit d’une haute personnalité libyque en étroite liaison amicale aves les pharaons au point d’avoir l’honneur de figurer dans une pyramide funeste des pharaons d’Egypte – Réf. ARTmedina-tounes.

Pour l’histoire, il y a lieu de rappeler que les relations amicales entre les Libyques et Carthage la punique se sont détériorées à partir du 4ème siècle quand le petit punique à ses débuts en Afrique du nord devenu assez grand a refusé de payer son dû locatif aux Libyques pour ses divers comptoirs de commerce installés le long du littoral d’Afrique du nord.

Pour cela, des guerres ont eu lieu entre Puniques et Libyques dont la plus infâme, objet du présent article, celle de 241 à 238 avant J.C, a été abondamment relayée par les historiens et même les romanciers comme Gustave Flaubert.

L’historique rapportée de cette guerre est un amalgame entre la révolte des mercenaires non payés par Carthage et celle de l’Etat Libyque qui, en fait, a profité du déclenchement des hostilités entre mercenaires et puniques pour ouvrir un deuxième front contre le colonisateur Carthaginois en vue de libérer leur territoire nord-africain.

Une révolte des Libyques contre Carthage pour libérer leur terre alors que les mercenaires de l’armée de Carthage se révoltaient pour leur salaire.

L’histoire reconnait tout de même que les Libyques ont failli remporter la victoire contre Carthage, si ce n’est la traitrise de l’un des leurs, le chef Navaras, qui s’est aligné contre son peuple au profit de Carthage… pour les beaux yeux de la belle princesse carthaginoise Sonophibe et…pour la grande joie du romancier Gustave Flaubert.

Monhel

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lundi 15 décembre 2025

Patrimoine de Tunisie – La bêtise de démolition du mausolée de Kara Mustapha Dey

 

Patrimoine de Tunisie – Mausolée de Kara Mustapha Dey, Place du Château, Bab Menara, Médina de Tunis – Détruit en 1960 par le despote éclairé (cette fois-ci non éclairé par rancœur au patrimoine beylical). Réf. ARTmedina-tounes.

L’officier janissaire turc Kara Mustapha a été élu Dey de la province ottomane de Tunis en 1702 par le Diwan, le Conseil militaire des officiers turcs.

Il est déposé la même année par le nouveau Bey Ibrahim Cherif (1702-1705) qui s’accapara du plein pouvoir à Tunis. Son règne brutal sera éphémère puisque renversé en 1705 par Hussein 1er Bey (1705-1735), fondateur de la dynastie Husseinite trois fois centenaire. Kara Mustapha Dey sera rappelé en 1705 par Hussein 1er Bey et exercera jusqu’en 1726.

Le Mausolée de Kara Mustapha Dey (1702, 1705-1726), érigé à la place du Château, Bab Menara à la Médina de Tunis, a été démoli après l’indépendance en 1960 sous l’ère Bourguiba, alors qu’il figurait sur la liste des monuments du patrimoine de Tunisie.

Il figure parmi les derniers mausolées érigés par les Deys de Tunis et témoigne à cette époque de l’importance du pouvoir des Deys au même titre que celui des Beys qui érigeaient également leurs propres mausolées.

Le Dey est le chef des militaires « janissaires » turcs. Il préside un conseil d’une quarantaine d’officiers chargés de maintenir l’ordre dans la province ottomane. Dès les années 1590, le Dey s’est accaparé du pouvoir à Tunis, province ottomane dès 1574, en écartant le Pacha vers un poste honorifique bien que nommé par le Sultan ottoman pour le représenter dans la province.

Dans la province voisine d’Algérie, les deys se sont accaparés pleinement du pouvoir. A Tunis, ce sont les Beys - institution créée par Youssef Dey (1610 - 1637) et chargée de la collecte des impôts -, qui ont accaparé le pouvoir à partir de Mourad Bey (1613-1631) avec la bienveillance de son mentor le grand Youssef Dey (1610-1637) à qui on ne discutait pas les ordres. Mourad Bey, corsaire à l’origine et fondateur de la Dynastie des Beys Mouradites durant le 17ème siècle, se partageait les affaires avec son mentor Youssef Dey tout en développant l’économie de la province à son plus haut niveau. 

Fidèle et bâtisseur comme son mentor Youssef Dey, Mourad Bey s’est vu octroyer le titre de Pacha par le sultan ottoman. Son fils Hamouda Pacha Bey (1631-1666) aura le même privilège de représenter le sultan dans la province de Tunis. Cette double représentation expliquerait en quelques sortes l’acceptation docile du pouvoir des Beys par les Deys sans trop broncher.

Les Beys et les Deys de Tunis ont ainsi gouverné ensemble plutôt en harmonie, parfois en concurrents. Un autre exemple de la particularité de ce petit bout de terre le plus nordique d’Afrique.

A partir du règne d’Hussein 1er Bey (1705-1728), les dissensions entre ces deux institutions au pouvoir, Dey et Bey, ont commencé à s’aplanir au profit du fait établi par l’institution beylicale. Cette dernière, établie en dynastie Husseinite, règnera à Tunis durant plus de trois siècles jusqu’à proclamation de la République en 1957.

Monhel

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